Scène indé — À la Fabrique Pola, 140 artistes font tenir la coopérative sans dépendre de la subvention
Sur la rive droite, 140 professionnels mutualisent ateliers et services dans un modèle certifié pôle de coopération économique, une première culturelle en…

Photo by Joseph Morris on Unsplash
Quai de Brazza, dans un ancien entrepôt industriel de la rive droite, la lumière tombe des verrières sur des tables encombrées de toiles, de palettes et de matériel de sérigraphie. On pousse une porte, on tombe sur un atelier de céramiste, puis sur une salle de réunion où se négocie, ce jour-là, le planning de la prochaine exposition. La Fabrique Pola ne ressemble à aucun musée ni à aucune galerie classique : c'est un bâtiment de travail, où se croisent artistes, graphistes, associations culturelles et techniciens, tous locataires ou membres d'une même structure.
Créée en juillet 2002 sous forme d'association loi 1901, Pola a d'abord réuni une poignée d'artistes et de collectifs avant de s'installer rive droite il y a une vingtaine d'années. Aujourd'hui, elle rassemble 140 professionnels, dont 25 organisations culturelles, 6 collectifs d'artistes et 22 artistes indépendants, répartis en 31 structures résidentes, selon les chiffres publiés par la DRAC Nouvelle-Aquitaine. Une extension inaugurée le 8 octobre 2025 a porté la surface du site à 6 000 m², avec 2 000 m² supplémentaires comprenant de nouveaux ateliers, un centre de ressources professionnelles et une salle pouvant accueillir 200 personnes. Ces travaux ont été financés à hauteur de 1,3 million d'euros par l'État, en partie via le plan France Relance.
La gouvernance repose sur un conseil d'administration élu pour deux ans et une équipe salariée d'une huitaine de personnes, dirigée par Blaise Mercier, appuyée par des groupes de travail horizontaux où se retrouvent artistes résidents et acteurs du territoire. Ce n'est pas une coopérative au sens strict du statut juridique, mais un fonctionnement qui en emprunte les principes : mutualisation des espaces, des outils de production et des services (conseil, formation, accompagnement administratif) entre membres. Le modèle repose largement sur l'autofinancement : les loyers versés par les structures résidentes financent une partie du fonctionnement, un choix qui permet de maintenir des tarifs accessibles tout en réduisant la dépendance aux seules subventions publiques.
Ce montage a valu à Pola une reconnaissance inhabituelle pour un lieu culturel : en 2023, elle est devenue la seule structure culturelle française certifiée Pôle territorial de coopération économique (PTCE) par le ministère de l'Économie et des Finances, un label qui valide des modèles associant économie sociale et solidaire, entreprises et collectivités autour d'une stratégie commune de mutualisation.
Sur le terrain, la structure revendique l'accueil de 3 000 scolaires et 30 000 visiteurs par an, ainsi qu'un accompagnement touchant 500 artistes, notamment via une Polamobile qui déplace certaines actions vers les quartiers populaires de la métropole. La DRAC Nouvelle-Aquitaine soutient de son côté plus de 30 artistes chaque année à travers des aides individuelles à la création ou des subventions d'installation d'atelier.
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