À Pessac, la Cité Frugès sert de décor à la reconquête de la confiance
En Gironde, le Département mise sur des ateliers collectifs pour sortir de l'isolement les 41 000 allocataires du RSA et leur redonner confiance en elles.
DeuxPlusQuatre, CC BY-SA 4.0 — Wikimedia Commons
Vendredi matin, devant les façades blanches de la Cité Frugès, un petit groupe se forme sous le regard d'une guide culturelle. Rien d'une visite touristique ordinaire : ces femmes, réunies par la Maison du Département des solidarités (MDS) de Pessac, participent à l'atelier collectif « Trucs et astuces », organisé un vendredi matin par mois avec les professionnels du Département de la Gironde.
Le principe tient en une phrase : ne rien imposer. Bien-être, alimentation, gestion du budget, sophrologie ou découverte du patrimoine local, chaque thème naît d'un besoin exprimé par le groupe. Les assistants de service social, les équipes de l'insertion ou de la protection maternelle et infantile (PMI) repèrent les personnes isolées, souvent des femmes seules et allocataires du revenu de solidarité active (RSA), et les invitent à rejoindre ces rendez-vous mensuels. Fin 2024, la Gironde comptait environ 41 000 allocataires du RSA, suivis par les agents du Département, les centres communaux d'action sociale, France Travail et les structures locales d'insertion.
Ce vendredi, le décor n'est pas anodin : les 51 maisons de la Cité Frugès, dessinées en 1925 et 1926 par Le Corbusier et Pierre Jeanneret pour l'industriel bordelais Henri Frugès, sont inscrites depuis 2016 au patrimoine mondial de l'Unesco au titre de l'œuvre architecturale de Le Corbusier. Le quartier ouvrier devenu site classé donne, le temps d'une matinée, un cadre inattendu à des femmes qui se disent parfois éloignées de tout.
« La première fois, je parlais trop fort, j'étais stressée. Aujourd'hui, je suis beaucoup plus à l'aise », raconte Jennifer, citée par le Département. Marine y voit « des moments pour sortir de chez nous et partager », Véronique évoque une « petite famille », et Nathra confie que cela lui « fait du bien de voir du monde ». Pour Thibaut Carrière, conseiller en économie sociale et familiale à la MDS, l'objectif tient en une formule : « Redonner confiance en soi, sans jugement. »
Au-delà de la sortie culturelle, ces ateliers s'appuient sur un maillage local, associations, équipements culturels, restaurant solidaire où le groupe partage ensuite un déjeuner, pour ancrer les participantes dans la vie de leur quartier. Le Département, qui pilote plusieurs autres dispositifs d'insertion en Gironde, doit reconduire ces ateliers à la rentrée dans les différentes Maisons des solidarités du territoire.
Sources
Conseil Départemental de la Gironde
Action collective : reprendre pied
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