À Pessac, le CHU pose la première pierre de son institut de biologie à 85 millions d'euros
Un bâtiment de 16 460 m² à plus de 85 millions d'euros doit regrouper à Pessac treize laboratoires aujourd'hui dispersés du CHU de Bordeaux.
Psychotrotinette, CC0 — Wikimedia Commons
Sur le site de l'hôpital Haut-Lévêque, avenue Magellan, treize services de laboratoires aujourd'hui répartis dans plusieurs bâtiments distincts vont converger vers une seule et même adresse. Le CHU de Bordeaux a posé la première pierre de son futur Institut de biologie et de pathologie, un bâtiment de 16 460 mètres carrés sur cinq niveaux qui doit accueillir, sous un même toit, toutes les plateformes de biologie médicale et d'anatomopathologie de l'établissement. Un chantier engagé en site occupé depuis septembre 2025, pour une durée de 29 mois, avec une livraison annoncée début 2028.
Le marché de conception-réalisation, attribué en janvier 2025 à un groupement mené par Eiffage Construction, porte sur 50,8 millions d'euros. Avec les équipements scientifiques et informatiques qui viendront ensuite, la facture globale de l'opération dépasse les 85 millions d'euros. Un chiffre qui ne prend son sens que rapporté à l'ensemble du projet dans lequel il s'inscrit : le programme "Nouveau CHU", annoncé le 13 mai 2025 par l'établissement, prévoit 1,4 milliard d'euros de travaux sur treize ans, jusqu'en 2037, répartis en dix-huit opérations de construction ou de modernisation et huit chantiers de plus grande ampleur. Quatre hôpitaux sont concernés, Pellegrin, Saint-André, Haut-Lévêque et Xavier-Arnozan, ainsi qu'un établissement d'hébergement pour personnes âgées à Lormont.
Que pèsent 85 millions dans un plan à 1,4 milliard ?
L'institut de biologie n'est qu'une pièce du puzzle. Le calendrier officiel égrène une livraison par an ou presque : un lactarium à Haut-Lévêque en 2025, un Ehpad à Lormont (devenu depuis la Villa Lormontia), un bâtiment d'odontologie à Xavier-Arnozan en 2027, ce même institut de biologie en 2028, un nouveau service d'urgences à Pellegrin en 2029, un bâtiment ORL et ophtalmologie en 2030, puis un pôle d'oncologie adulte à l'horizon 2031-2032. Le financement de cette dernière décennie de chantiers repose pour 40 % sur l'emprunt, 31 % sur une dotation de l'État, 22 % sur l'autofinancement du CHU et 6 % sur des cessions d'actifs. La Banque européenne d'investissement a signé un prêt de 269 millions d'euros, garanti par le programme européen InvestEU, pour financer la première tranche 2024-2029 de ce plan qualifié par ses promoteurs de plus grand chantier hospitalier de France. À la clé, selon le CHU, 80 lits et 120 places supplémentaires viendront s'ajouter aux 2 640 lits et 427 places que compte aujourd'hui l'établissement.
Ce plan a changé de visage politique en cours de route. Lancé sous la présidence de Pierre Hurmic, alors maire de Bordeaux et président du conseil de surveillance du CHU depuis juillet 2020, il est désormais porté par Thomas Cazenave, élu à l'unanimité à ce même poste le 29 avril 2026, la présidence de l'instance étant statutairement liée à celle de la mairie. La continuité du calendrier, chantier après chantier, malgré ce changement d'exécutif, est l'un des rares indicateurs concrets de tenue des engagements pris en 2025.
Pourquoi la CGT se méfie du mot modernisation
Sur ce chantier précis, à Pessac, aucune opposition publique ne s'est fait entendre : la centralisation des laboratoires, vétustes et dispersés, ne semble pas contestée sur le fond. Mais le plan "Nouveau CHU" dans son ensemble n'a pas récolté que des éloges. Sur un autre de ses volets, la réhabilitation de la blanchisserie de l'établissement, la CGT dénonce une réduction d'effectifs qu'elle juge disproportionnée : l'équipe passerait de 113 à 72 équivalents temps plein, soit plus de quarante postes supprimés, alors que le volume de linge à traiter doit grimper de 12 à 13 tonnes quotidiennes actuellement à 18 tonnes. Une pétition syndicale, qui a recueilli plus de 600 signatures, réclame un développement "pas à n'importe quel prix". Le syndicat y voit un décalage entre le discours de modernisation affiché pour chaque nouveau bâtiment et la réalité des moyens humains qui l'accompagnent, une question que la seule photo de la pose de première pierre ne permet pas de trancher.
Le futur institut de biologie doit relier, une fois achevé, le pôle logistique du site au nord aux bâtiments de cardiologie et de soins au sud. La livraison est fixée à début 2028, un an après celle du bâtiment d'odontologie prévu à Xavier-Arnozan.
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