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Bordeaux d'hier · Bacalan : la base sous-marine, un bloc de béton que les bombes n'ont pas percé

Bâtie par l'Organisation Todt dès 1941 avec des prisonniers espagnols, la base de Bacalan a survécu aux raids et abrite aujourd'hui un centre d'art.

· 2 min de lecture
Mur de béton de la base sous-marine de Bordeaux criblé d'impacts et d'éclats laissés par les bombardements, au-dessus d'un sol envahi de mousse.

Rc1959, CC BY-SA 4.0 · Wikimedia Commons

Onze alvéoles, 245 mètres de long, un toit de plusieurs mètres de béton : au bord du bassin à flot n° 2, dans le quartier de Bacalan, la base sous-marine de Bordeaux est restée debout alors que presque tout ce qui l'entourait a changé. Ses parois portent encore les éclats des raids aériens de 1943 et 1944.

Des Italiens aux Allemands

La première base n'est pas allemande. Après la défaite de juin 1940, la marine italienne installe à Bordeaux sa base Betasom, dans la zone occupée. Selon la synthèse de Wikipédia, 32 sous-marins italiens y ont opéré. Les Allemands lancent leur propre chantier en septembre 1941, sur l'emplacement de l'ancien réservoir d'alimentation du bassin à flot n° 2. L'Organisation Todt, qui bâtit l'essentiel du Mur de l'Atlantique, le conduit.

Le site des Bassins des Lumières, qui occupe aujourd'hui une partie du bâtiment, évoque plus de 6 500 ouvriers mobilisés, dont environ un tiers de prisonniers républicains espagnols. Wikipédia avance plus de 3 000 Espagnols employés de force, dont plus de 70 seraient morts, et 600 000 m³ de béton. Une plaque rappelle leur mémoire. La durée du chantier varie selon les sources : 19 mois d'après les Bassins des Lumières, 22 mois d'après Wikipédia.

Une forteresse pour onze sous-marins

Le bloc mesure 245 mètres sur 162, pour 20 mètres de haut. Il compte onze alvéoles : sept abritent un sous-marin, quatre en accueillent deux. Le toit reçoit une dalle supplémentaire, puis une structure pare-bombes, le « Fangrost », que Wikipédia dit inachevée en août 1944. Une tour bunker lui est accolée.

La 12e flottille de sous-marins allemands est créée le 15 octobre 1942. Les premiers U-Boote arrivent en janvier 1943. En vingt-deux mois, 43 bâtiments y sont affectés ; Wikipédia en compte 36 perdus.

Le béton résiste, le quartier souffre

Le 17 mai 1943, un bombardement allié frappe le secteur : les Bassins des Lumières font état de dégâts importants et de près de 200 morts civils. La base elle-même est peu endommagée, comme les raids anglo-américains de janvier à août 1944, sans résultat décisif. Les Allemands quittent Bordeaux le 26 août 1944. Le site est confié au Port autonome de Bordeaux, dans un quartier marqué par un fossé antichar et des navires sabordés qui bouchaient l'accès aux bassins.

D'un entrepôt à un centre d'art

Faute de moyens pour démolir un tel massif, on s'en accommode. De la fin des années 1960 à la fin des années 1990, des entreprises, dont des ateliers de métallurgie, occupent les alvéoles. Des artistes les fréquentent dès les années 1960. À partir de 1999, la base accueille expositions de photographie, concerts et spectacles. Wikipédia mentionne aussi le Conservatoire international de la plaisance entre 1990 et 1997.

En 2020, la Ville confie le lieu à Culturespaces, qui y ouvre les Bassins des Lumières, centre d'art numérique installé dans quatre alvéoles inondées. Un « couloir histoire » y retrace la construction. Le site est recensé comme Architecture contemporaine remarquable. Selon Wikipédia, un projet voté en 2026 prévoit une centrale photovoltaïque d'environ 13 000 m² sur le toit, dont la surface avoisine 41 000 m².

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Sources

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