Le Krakatoa rallume les amplis à Mérignac après 7,8 millions d'euros de travaux
Fermé depuis décembre 2024, le Krakatoa rouvre le 4 septembre après un chantier passé de 5,9 à 7,8 millions d'euros.
Mspecht, CC BY-SA 3.0 — Wikimedia Commons
Le rideau de fer était baissé depuis vingt mois. Vendredi 4 septembre à 19 heures, la Ville de Mérignac coupera le ruban devant la façade repensée du Krakatoa, avant un plateau qui enchaîne un concert de la Bordelaise Naya Mö, une performance électro de la compagnie Mazelfreten et un DJ set diffusé jusque dans les espaces extérieurs. Gratuite et sans réservation, la soirée doit surtout marquer la fin d'un chantier engagé en décembre 2024, quand la salle avait fermé ses portes pour ce que la Ville qualifie de plus importante rénovation de son histoire.
L'histoire, justement, remonte à 1966 : le bâtiment, construit cette année-là dans le quartier d'Arlac, avait déjà connu une première grande transformation en 1990, année où l'association Transrock y installait la scène de musiques actuelles qui allait faire sa réputation, de PJ Harvey à Justice en passant par des dizaines de groupes locaux programmés chaque saison. Ce chantier 2024-2026 est donc la troisième mue du lieu en soixante ans, et la première à cette échelle financière.
Ce que cachent les 7,8 millions d'euros
Le budget affiché aujourd'hui, 7,8 millions d'euros travaux et honoraires compris, a nettement dérivé par rapport aux premières estimations : le programme initial présenté en septembre 2022 tablait sur 5,9 millions d'euros hors taxes. Une hausse d'environ un tiers en deux ans, cohérente avec l'inflation qu'a connue le secteur du bâtiment sur la période, mais qui pèse d'abord sur les finances de la Ville de Mérignac, maître d'ouvrage et principal financeur. La Région Nouvelle-Aquitaine a apporté 1,5 million d'euros, l'État via la Direction régionale des affaires culturelles 1 million, et l'Union européenne un cofinancement complémentaire : le solde, soit près des deux tiers de la facture, reste à la charge de la collectivité.
En échange, la salle principale passe de 1 200 à 1 500 places, soit un quart de capacité supplémentaire obtenue en surélevant la toiture, et une seconde salle de 250 places, baptisée Club Anouk, vient compléter l'offre pour les formats plus intimistes ou les premières parties. Le bâtiment vise aussi le statut de structure à énergie passive, avec panneaux photovoltaïques et isolation thermique et phonique renforcée, un objectif qui s'inscrit dans la stratégie de rénovation énergétique du patrimoine public que la Ville affiche par ailleurs sur d'autres équipements. Comme nous l'écrivions le 23 juillet, cette réouverture avait été présentée par la municipalité comme la pièce maîtresse de toute la saison culturelle 2026-2027, aux côtés d'une exposition consacrée à la photographe Vivian Maier.
La question que personne n'a vraiment résolue
Tout le monde ne voit pas dans ces travaux qu'une bonne nouvelle. Lors des réunions publiques organisées pendant le chantier, des riverains ont fait valoir qu'une capacité d'accueil élargie, sans solution de stationnement à la hauteur, risquait d'aggraver une situation déjà tendue certains soirs de concert : sept places de parking disparaissent avec le réaménagement des abords, quand la salle est appelée à recevoir 300 spectateurs de plus qu'auparavant. La Ville a répondu en créant six places techniques supplémentaires et en portant le nombre d'arceaux à vélos de 20 à 46, un pari sur le report vers les mobilités douces plutôt qu'une réponse frontale à la question du stationnement automobile, qui reste posée pour les soirs de forte affluence.
Côté programmation, le calendrier de rentrée s'annonce déjà dense: Mezerg le 10 septembre, Mac DeMarco le lendemain devant une salle affichant complet, puis une journée dédiée au jeune public le 19 septembre. Un rythme qui n'a toutefois pas été sans accroc: comme nous le rapportions le 26 juillet, l'annulation du groupe CIEL a contraint la salle à revoir en urgence sa soirée du 24 septembre. Pendant la fermeture, l'association Transrock, qui gère le lieu depuis sa création en 1989 et programme en temps normal une soixantaine de concerts par an, a maintenu une partie de son activité hors les murs, sans que la Ville ait communiqué de chiffre de fréquentation sur cette période transitoire. Aucune opposition organisée au projet de rénovation lui-même ne s'est exprimée publiquement, les réserves des habitants portant spécifiquement sur les nuisances de voisinage plutôt que sur le principe des travaux.
Une exposition photo retraçant le chantier et un livre de portraits signé Pierre Wetzel, réalisés pendant la fermeture, seront présentés dès la soirée d'inauguration du 4 septembre.
Sources
Krakatoa
Inauguration du Krakatoa
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