Lycéens à Bordeaux : 4 000 manifestants selon la préfecture, huit interpellations en soirée
Le 13 octobre, la préfecture a compté 4 000 manifestants à Bordeaux contre 8 700 une semaine plus tôt, et huit personnes ont été interpellées le soir.

W. Bulach, CC BY-SA 4.0 · Wikimedia Commons
Vers 17 heures, mardi 13 octobre, le cortège bordelais s'est dispersé. Pour la préfecture, la journée aurait pu s'arrêter là : les deux manifestations déclarées en Gironde, à Bordeaux et à Libourne, n'avaient connu aucun incident. Elle a duré deux heures de plus. Entre 17 h 30 et 19 h 00, un attroupement d'environ 200 personnes est venu au contact des forces de l'ordre. Des projectiles ont été lancés, des violences commises contre policiers et gendarmes, et huit personnes ont été interpellées. La préfecture ne déplore aucun blessé.
C'était la journée nationale d'action dans l'Éducation nationale, que la presse locale numérote « acte V » d'un mouvement lycéen né mi-septembre. Le dispositif comptait environ 630 policiers et gendarmes en Gironde, soit davantage que les 590 déployés le 6 octobre, d'après Rue89 Bordeaux. Le centre opérationnel départemental avait été activé dès 12 h 30 à la préfecture, et les pompiers du SDIS sont intervenus pour des départs de feu de poubelles. Le cortège de Bordeaux est parti à 13 h 30 de la place de la Bourse. Selon le communiqué préfectoral, il a réuni 4 000 personnes, « pour l'essentiel des lycéens », et 300 à Libourne.
Combien étaient-ils, et qui compte quoi ?
Le chiffre de 4 000 n'a de sens que rapporté aux précédents. Le 6 octobre, la police avait compté 8 700 manifestants à Bordeaux, d'après Rue89 Bordeaux. Le syndicat FSU-SNUipp de Gironde, lui, parle de 40 000 personnes dans les rues. Le 8 octobre, l'académie de Bordeaux en dénombrait environ 2 800, selon Bouger à Bordeaux. Le même syndicat évoque « près de 10 000 » personnes.
Pour le 13 octobre, les comptes divergent aussi. Radio France Bleu Gironde, devenue ICI, rapporte 6 000 participants selon la préfecture, entre 20 000 et 25 000 selon les syndicats, et environ 10 000 selon sa propre estimation. Le communiqué préfectoral publié le soir ne retient que 4 000. Les deux sources ne se recoupent pas, et aucune estimation indépendante ne les départage.
À l'échelle du pays, le ministère de l'Intérieur recense 161 500 manifestants le 13 octobre, contre 256 000 le 6 octobre : une baisse d'environ 37 %. L'intersyndicale de la jeunesse avance 480 000. Le ministère de l'Éducation parle d'un mouvement « en recul », avec 214 établissements fermés.
La mobilisation s'est aussi ressentie hors des cortèges, car les syndicats d'enseignants avaient appelé à la grève. Le SNUipp-FSU 33 et le SNUDI-FO 33 invitaient les personnels des écoles à cesser le travail. À Floirac, la mairie a prévenu que la restauration scolaire ne serait pas assurée dans les maternelles François-Mauriac et Jean-Jaurès, les autres cantines fonctionnant normalement. Le Crous Bordeaux-Aquitaine a fermé, dans la métropole, le restaurant universitaire des Chartrons et le Crous Market du Musée. Le Mascaret, La Bastide et Capu sont restés ouverts.
Ce que le gouvernement a mis sur la table, et ce qui manque aux lycéens
La tension venait de plus loin. Dès le 2 octobre, selon Seven Radio, la préfecture avait fait état de 29 interpellations en Gironde depuis le début de la mobilisation, après des débordements à Bordeaux, Lormont, Mérignac et Bègles. Elle avait aussi confirmé la fermeture de 28 lycées, passés en cours à distance. Le 6 octobre, neuf personnes avaient été interpellées, notamment pour détention ou usage de mortiers d'artifice. Le même jour, Rue89 Bordeaux a rapporté l'usage de gaz lacrymogène et de lanceurs de balles de défense, ainsi qu'un encerclement de manifestants porte de Bourgogne. Stéphane Obé, de la CGT Gironde, a décrit « une jeunesse extrêmement lucide et informée qui a décidé de lutter contre l'injustice sociale ».
Le 8 octobre, sur TF1, le ministre de l'Éducation nationale, Édouard Geffray, a annoncé l'affectation de 3 000 professeurs remplaçants dans quelque 500 établissements jugés en difficulté, selon Euronews. Les recteurs pourront en outre recruter au-delà du plafond actuel, et les proviseurs organiser des remplacements de courte durée avec des heures supplémentaires de professeurs volontaires. Le ministre a chiffré ces mesures à « plusieurs dizaines de millions » d'euros et renvoyé l'essentiel à 2027, via le projet de loi de finances. Il a aussi cité 66 000 contributions reçues en trois jours sur la plateforme de consultation.
Ce n'est pas la hauteur des revendications portées dans la rue. Les manifestants de Bordeaux réclamaient la suppression de Parcoursup, la plateforme d'accès à l'enseignement supérieur, le remplacement des professeurs absents, la rénovation des bâtiments et un plan de 10 milliards d'euros pour les lycées. Au niveau départemental, le groupe Écologie et Solidarités du Département de la Gironde a lui aussi pris position. Sa coprésidente Laure Curvale est intervenue lundi 12 octobre en séance plénière pour soutenir une jeunesse qui, dit le groupe, « a besoin d'actes concrets pour croire en son avenir ».
Le gouvernement a annoncé de premières décisions sur les lycées pour la fin octobre. Le projet de loi dit « casseurs-payeurs » doit, lui, être examiné au Sénat à partir du 27 octobre.
Sources
Communiqués de presse (email)
Journée nationale d’action du mardi 13 octobre en Gironde : point à 19 h 00
Mairie de Floirac
Mouvement de grève du 13 octobre 2026CROUS Bordeaux-Aquitaine · flux RSS
Mouvement de grève – mardi 13 octobreFSU-SNUipp 33
Notre jeunesse mérite un avenirSNUDI-FO 33
Toutes et tous en grève mardi 13 octobre
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