Place de la Victoire, 180 silhouettes noires après un cortège de 880 personnes
La préfecture compte 880 manifestants jeudi à Bordeaux, contre 8 700 le 6 octobre, puis dix interpellations en marge du mouvement lycéen.

Patrick Despoix, CC BY-SA 3.0 · Wikimedia Commons
Il est un peu plus de 16 h 30, jeudi 15 octobre, quand la place de la Victoire change de visage. Le cortège déclaré s'est dispersé depuis une demi-heure. Environ 180 personnes masquées et vêtues de noir s'y retrouvent, selon la préfecture de la Gironde, incendient des poubelles et rassemblent des projectiles. Les forces de l'ordre évacuent la place « rapidement ». Trois personnes sont interpellées pour destruction par incendie.
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La journée avait pourtant commencé plus bas dans l'échelle de la mobilisation. À partir de 13 h, la manifestation déclarée du mouvement lycéen, étudiant et syndical n'a réuni qu'environ 880 participants à Bordeaux, toujours selon la préfecture.
Du cortège calme aux projectiles : le déroulé d'une journée sous surveillance
Le communiqué de la préfecture, daté du 15 octobre, dresse la chronologie. Le centre opérationnel départemental, la cellule qui coordonne le dispositif de sécurité du département, a été activé à 12 h. Dès la matinée, deux cocktails Molotov ont été lancés vers le lycée professionnel des Menuts, à Bordeaux. Il n'y a eu ni blessé ni dégradation, et deux individus ont été interpellés. Le cortège s'est ensuite déroulé « dans le calme » jusqu'à sa dispersion, vers 16 h. Au total, dix personnes ont été interpellées dans la journée, notamment pour des tirs de mortiers, des jets de projectiles et des jets de cocktails Molotov.
La préfète de la région Nouvelle-Aquitaine, préfète de la Gironde, Sophie Brocas, a condamné « fermement » ces violences, « inacceptables » selon elle et sans place « ni dans l'espace public ni aux abords des établissements scolaires ».
Le chiffre de 880 se lit mieux en regard des précédents, tous donnés par la même préfecture : environ 8 700 personnes le 6 octobre, 2 800 le jeudi 8 octobre (chiffre rapporté par France 24), environ 4 000 le 13 octobre. En neuf jours, le cortège a été divisé par dix par rapport au 6 octobre. Les organisateurs comptent autrement : 8 000 personnes le 13 octobre, selon Rue89 Bordeaux et Bordeaux Gazette. Le 6 octobre, ICI rapportait 40 000 selon la FSU. Sur ce dernier jour, l'écart entre préfecture et syndicat va donc de 1 à près de 5.
La tendance est nationale. Le ministère de l'Intérieur a compté 161 500 manifestants en France le 13 octobre.
Les violences, elles, ne datent pas de jeudi. Le 8 octobre, le lycée des Iris, à Lormont, a été en partie saccagé par un groupe de 30 à 40 personnes selon le procureur de Bordeaux. Le proviseur a estimé entre 100 000 et 200 000 euros le préjudice de la seule pièce où était stocké du papier, incendiée. Le ministre de l'Éducation nationale, Édouard Geffray, en visite à Lormont, avait déclaré : « Mettre le feu, c'est criminel. »
L'autre versant du bilan est celui du maintien de l'ordre. Le Premier ministre Sébastien Lecornu a annoncé le 14 octobre, au niveau national, 937 membres des forces de l'ordre, 248 élèves et 149 personnels blessés. À Bordeaux, l'Observatoire girondin des libertés publiques a relevé la présence de la brigade anticriminalité, l'usage de gaz lacrymogènes, les conditions des sommations et des entraves faites aux journalistes.
Revendications et calendrier : qui appelle à quoi ?
Le terrain des revendications n'a pas bougé. Les lycéens réclament plus de professeurs, des remplaçants, des bâtiments rénovés et une refonte de Parcoursup, la plateforme d'orientation après le bac. ICI cite aussi un plan de 10 milliards d'euros pour les lycées. Le gouvernement a annoncé le redéploiement de 3 000 enseignants. Selon Bordeaux Gazette, il s'agit de personnels déjà en poste, réaffectés vers des établissements prioritaires, et non de créations de postes.
La suite du calendrier est plus floue à Bordeaux. Pour le samedi 17 octobre, la FSU-SNUipp 33 invite à rejoindre la manifestation, et le député de la Gironde Loïc Prud'homme appelle à « se mobiliser » ce jour-là dans la rue, jugeant « légitimes » les revendications lycéennes et étudiantes. L'appel national circule depuis septembre, avec le soutien de la CGT et d'anciens Gilets jaunes. Mais, selon Rue89 Bordeaux, aucune déclaration n'avait été déposée en préfecture pour une manifestation à Bordeaux. Les vacances de la Toussaint commencent ce samedi, ce qui pourrait peser sur la mobilisation lycéenne.
Une autre échéance est, elle, posée. Les organisations syndicales appellent salariés du public et du privé, jeunes et retraités à faire grève et à manifester le jeudi 5 novembre, pour les salaires, les services publics, l'emploi et l'industrie.
Sources
Communiqués de presse (email)
Nouvelle journée de mobilisation ce jeudi 15 octobre en Gironde : point à 18 h 00
FSU-SNUipp 33
Appel à la mobilisation du 5 novembre pour les salaires, les services publics, l'emploi et l'industrieFSU-SNUipp 33
La mobilisation s'amplifie : grève du jeudi 15 octobre
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