Le club du coin — Sur la Garonne, l'aviron rame contre le béton et les marées
À Bègles comme à Bordeaux-Lac, deux clubs perpétuent l'aviron sur la Garonne et sur le lac, entre loisir dominical et régates internationales.

Photo by Mitchell Luo on Unsplash
Six heures et demie, un matin de semaine à Bègles Plage. Le jour se lève à peine sur le fleuve, et déjà une yolette glisse sur l'eau plate, huit avirons qui claquent en cadence. C'est ici, au "Port Garonne", que l'Aviron Club de Bordeaux-Bègles (ACBB) a posé ses bateaux en janvier 2017, sur les rives mêmes du fleuve, à quelques encablures du centre-ville. Une position presque à contre-courant de l'histoire locale de la discipline.
Car avant l'ACBB, le seul club d'aviron bordelais avait déjà quitté la Garonne. L'Émulation Nautique de Bordeaux (ENB), née en 1963 de la fusion du Burdigala Rowing Club et de la Société Nautique Bordelaise fondée en 1884, s'entraînait sur le fleuve en centre-ville avant de déménager en 1972 sur les rives du lac, dans le cadre de l'aménagement du nord de l'agglomération piloté par la Société d'Aménagement Urbain du Nord de l'Agglomération Bordelaise (SAUNAB), selon la fiche patrimoniale établie par Bordeaux Métropole. Le nouveau hangar, en béton blanc, conçu par l'architecte Xavier Arsène-Henry, offrait onze travées pour ranger les bateaux, loin des contraintes du fleuve à marée.
Car l'aviron, sur un cours d'eau soumis au flux et au reflux comme la Garonne, n'a rien d'un sport tranquille. Les rameurs avancent dos à la direction de la course, assis sur un siège qui coulisse sur des rails, et tirent sur une ou deux rames selon les bateaux, du skiff individuel au huit collectif, tout en gardant l'équilibre sur une coque étroite. À terre, l'ergomètre, une machine à ramer fixe, sert à s'entraîner par mauvais temps ou hors saison.
À Bègles, l'ACBB revendique une pratique tournée vers le loisir plutôt que la compétition : sorties hebdomadaires d'environ deux heures, séances d'initiation le samedi matin en deux créneaux, de 9 h 30 à 11 h puis de 11 h à 12 h 30, dans une zone abritée avant que les débutants ne rejoignent le fleuve ouvert avec des rameurs expérimentés. La cotisation 2026 s'élève à 283,25 euros pour un adulte, licence fédérale de 58,25 euros comprise, et à 277 euros pour les moins de 23 ans, selon le site du club.
À Bordeaux-Lac, l'ENB revendique environ 400 licenciés âgés de 11 à 75 ans, une parité quasi parfaite entre femmes et hommes, et une activité qui va de l'initiation à la compétition de haut niveau en passant par la randonnée nautique. Le club organise chaque année, en mai, les Régates Internationales de Bordeaux, qui rassemblent près de mille rameurs venus de plusieurs pays, et accueille environ 1 300 collégiens chaque année pour une découverte de l'aviron, selon les chiffres publiés sur son site.
Deux clubs, deux plans d'eau, une même discipline qui a dû composer avec l'urbanisation du fleuve bordelais : le premier replié sur un lac aménagé depuis un demi-siècle, le second revenu s'installer sur la Garonne il y a moins de dix ans.
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