Bordeaux d'hier — À Bordeaux, les maisons à colombages ont presque toutes disparu sous la pierre
Cinq siècles d'habitat en bois ont presque disparu sous la pierre blonde des grands travaux du XVIIIe siècle : où en voir encore les traces.

Photo by Josef Kali on Unsplash
Il ne reste plus, à quelques adresses près, que le souvenir gravé d'une ville qui fut longtemps de bois. Avant que les façades de pierre blonde ne s'alignent le long des quais, Bordeaux ressemblait à la plupart des cités médiévales d'Europe : un enchevêtrement de ruelles bordées de maisons à pans de bois, dites à colombages, où poutres apparentes et remplissages de torchis, de terre ou de tessons de poterie formaient l'ossature de l'habitat courant.
Cette architecture n'était pas un choix esthétique mais une hiérarchie sociale. Aux riches marchands et aux grandes familles, les hôtels de pierre, les « oustaus » cossus du centre urbain. Aux artisans et au petit peuple, le bois, moins coûteux, plus rapide à monter, mais aussi plus vulnérable. Dès les XVe et XVIe siècles, des édits municipaux tentent de limiter la propagation des incendies dans une ville dense où le feu se propage vite d'une charpente à l'autre. Nombre de façades en bois sont alors recouvertes d'un enduit imitant la pierre, une pratique qui a longtemps brouillé les repères des historiens sur l'âge réel des bâtiments.
Le grand basculement survient au XVIIIe siècle. Sous l'impulsion des intendants de Guyenne, Claude Boucher puis surtout Louis-Urbain Aubert de Tourny, en poste de 1743 à 1757, Bordeaux se donne une image conforme à sa prospérité tirée du commerce colonial et du vin. Les remparts médiévaux sont abattus, les allées de Tourny percées, la façade des quais redessinée sur plus d'un kilomètre avec son alignement homogène d'arcades et de toits d'ardoise. Ce chantier d'embellissement, l'un des plus vastes ensembles architecturaux du XVIIIe siècle en Europe selon les historiens de la ville, se fait au prix de la disparition de pans entiers du tissu médiéval, remplacés par la pierre calcaire qui donne aujourd'hui son surnom de « ville blanche » à Bordeaux. La Révolution puis le XIXe siècle achèvent le mouvement : un décret national de 1817 impose la destruction des encorbellements, ces étages en surplomb caractéristiques du bâti à pans de bois, accélérant la disparition des dernières façades exposées.
Quelques survivances subsistent pourtant, concentrées dans les quartiers Saint-Michel et Saint-Paul, restés à l'écart des grands travaux. La plus ancienne maison connue de Bordeaux se trouve au 4, impasse de la Rue Neuve : une bâtisse du XIVe siècle à deux fenêtres trilobées et pignon aigu, rare exemple d'architecture gothique civile encore debout, longtemps associée par la légende à la famille Soler puis à l'épouse de Montesquieu, sans preuve établie. Au 2, rue Pilet, une façade à pans de bois longtemps crue médiévale s'avère en réalité du XVIe siècle. À l'angle des rues du Loup et Arnaud-Miqueu, une ancienne auberge à colombages compte parmi les derniers exemples visibles de ce type de construction en centre-ville. Au 31, rue de la Fusterie, bâtie vers 1550, et au 49, rue des Bahutiers, avec ses pignons à fleurons et ses lions sculptés, d'autres traces de cette Bordeaux disparue subsistent, discrètes, coincées entre des immeubles bien plus récents.
À lire aussi
Bordeaux — Culture
Bordeaux lance un appel à projets sur le plurilinguisme pour ses Journées des langues maternelles
Les associations bordelaises ont jusqu'au 21 septembre pour candidater à l'appel à projets sur le plurilinguisme.
Bordeaux Maritime — Culture
La Nuit de la Recherche revient à Cap Sciences le 25 septembre
Une centaine de scientifiques investissent Cap Sciences le temps d'une soirée pour échanger sans cours magistral.
Bordeaux Centre — Culture
Au CAPC, un samedi entre jardin chinois, jeu de rôle et archives d'école d'art
Le CAPC propose samedi cinq rendez-vous gratuits, de la visite savante au jeu de rôle, pour les Journées du patrimoine.