Noyades en hausse chez les jeunes : la Gironde lance une campagne inédite avant l'été
Un drapeau rouge et jaune planté dans le sable, ignoré par une poignée d'adolescents qui préfèrent l'eau libre quelques mètres plus loin : la scène se répète…
Azotte, CC BY-SA 3.0 — Wikimedia Commons
Un drapeau rouge et jaune planté dans le sable, ignoré par une poignée d'adolescents qui préfèrent l'eau libre quelques mètres plus loin : la scène se répète chaque été sur les plages girondines, et elle inquiète de plus en plus les autorités. Face à une hausse des noyades enregistrée depuis le début de la saison, la préfecture de la Gironde a annoncé le 30 juin une campagne de prévention conjointe, ciblant spécifiquement les 16-25 ans.
Le constat qui motive cette mobilisation est sévère. Selon la préfecture, plus de 80 noyades ont été recensées sur le littoral aquitain depuis le début de l'année, dont une douzaine mortelles. Rien que le week-end de la Pentecôte, plus de 40 sauvetages liés aux courants de baïnes, ces couloirs d'eau qui se forment entre le rivage et les bancs de sable et entraînent le baigneur vers le large, avaient été recensés en Gironde, avec trois décès. Nationalement, la noyade demeure la première cause de mortalité par accident de la vie courante chez les moins de 25 ans, comptant pour près d'un quart de ces décès en 2016 selon Santé publique France.
Plutôt que les messages institutionnels classiques, jugés trop éloignés du quotidien des jeunes, les partenaires (État, Région Nouvelle-Aquitaine, Département, Bordeaux Métropole, ville de Bordeaux, communes du littoral et SDIS) ont choisi un ton "positif, complice et direct", détournant avec humour les codes des vacances pour rappeler l'essentiel : se baigner entre les drapeaux, dans les zones surveillées.
Ce pari sur la pédagogie plutôt que la peur trouve un écho dans les travaux de chercheurs d'INRAE et de l'université de Bordeaux, publiés fin juin. Leur enquête, menée auprès de 416 collégiens d'un établissement de la région bordelaise, révèle que 68 % d'entre eux se sont déjà baignés hors des zones surveillées, alors même que 92 % s'étaient rendus à l'océan dans l'année. Seuls 52 % savaient identifier correctement les drapeaux matérialisant les zones surveillées. Autre enseignement notable : la présence des parents sur la plage augmente la probabilité que les adolescents se baignent hors zone surveillée, comme si elle valait autorisation implicite, un phénomène déjà documenté aux États-Unis et en Australie où la vigilance parentale tend à baisser dès lors que l'enfant sait nager.
Les chercheurs, associés à cette réflexion, insistent sur un point souvent minimisé : savoir nager en piscine ne prépare pas aux courants, aux vagues ni à l'absence de repères du milieu naturel. Reste que la campagne mise avant tout sur les réseaux sociaux pour toucher sa cible, un pari dont l'efficacité ne pourra se mesurer qu'au bilan de fin de saison.
Sources
Préfecture de la Gironde
Hausse des noyades chez les jeunes : L'État, les collectivités de Gironde et les services de sécuritINRAE Nouvelle-Aquitaine-Bordeaux — centre (actualités)
Lutte contre les noyades : la sécurité de la baignade est une affaire de famille
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