Incendies de l'été : trois départements sommés d'attendre encore la base de Canadairs promise depuis 2022
Après le plus grand incendie depuis 1949, Gironde, Landes et Lot-et-Garonne réclament au gouvernement des engagements qu'il diffère depuis 2022.
Photo by Landon Parenteau on Unsplash
Deux cents personnes vêtues de noir, massées devant la mairie du Porge derrière un cordon de gendarmes : c'est ainsi qu'a été accueilli Sébastien Lecornu le 17 août, venu lancer la reconstruction après le plus grand incendie qu'ait connu la France depuis 1949. Cent quatre-vingt-trois maisons ont brûlé dans cette seule commune de 3 500 habitants. Le maire, Martial Zaninetti, avait résumé l'attente locale en une formule, un « plan Marshall ». Trois jours plus tard, les présidents des départements de la Gironde, des Landes et du Lot-et-Garonne ont mis noir sur blanc, dans un courrier commun à l'Élysée, ce que la visite du Premier ministre n'a pas suffi à trancher.
L'incendie parti de Saumos le 22 juillet a fini par ravager 42 000 hectares, davantage à lui seul que les deux grands feux de l'été 2022 réunis, selon le décompte des services de l'État. Un autre sinistre, à Biscarrosse fin juillet, a brûlé environ 3 700 hectares dans les Landes. Plus de 220 000 personnes ont été évacuées par précaution dans 24 communes, et plus de 240 bâtiments détruits. Ces chiffres, le département de la Gironde les avait déjà détaillés mi-août, notamment dans son bilan sur la reconstruction du réseau internet aérien, et une étude associant l'Inrae avait établi que le changement climatique avait doublé le risque de tels sinistres dans la région.
Une promesse de 2022 qui n'a toujours pas d'adresse
Depuis plus de vingt ans, les Landes réclament l'implantation d'une base de Canadairs dans le massif des Landes de Gascogne. Depuis 2022, la demande est portée conjointement par les trois départements. Gérald Darmanin, alors ministre de l'Intérieur, avait fait avancer le projet en 2023, avec un site pressenti à Mont-de-Marsan et une facture d'environ 318 millions d'euros. Son successeur Bruno Retailleau l'a enterré au printemps 2025, jugeant le coût trop élevé. Le nouveau ministre de l'Intérieur, Laurent Nuñez, a indiqué à Mérignac que le Premier ministre avait demandé de « réexaminer » le dossier. Les trois exécutifs départementaux ne s'en satisfont qu'à moitié : dans leur courrier, ils qualifient ce revirement de « volte-face difficile à comprendre au regard des besoins » et attendent « un engagement clair, ferme et rapide ».
Le financement des services départementaux d'incendie et de secours suit une trajectoire comparable. Les trois départements réclament depuis 2022 une hausse de la part de la taxe spéciale sur les conventions d'assurances qui leur est reversée, gelée depuis près de vingt ans à 6,45 % du produit de cette taxe. Un amendement discuté au Sénat propose de la porter à 12,45 %. Le gouvernement a confirmé que ce chantier était engagé pour le budget 2027, sans encore l'inscrire dans un texte. En Gironde, la facture de 2022 avait déjà coûté 10,5 millions d'euros de dépenses exceptionnelles au SDIS, une somme que le département ne pourra pas non plus absorber seul cette année, a prévenu son président Jean-Luc Gleyze, qui en a fait part directement au Premier ministre.
Ce que l'enveloppe de 100 millions ne couvre pas encore
Sur le terrain financier immédiat, Sébastien Lecornu a annoncé le 17 août une aide de 10 millions d'euros pour les collectivités girondines et 2 millions pour les Landes, avec la promesse que le total des mesures de soutien pourrait « très rapidement dépasser 100 millions d'euros ». Le détail inclut des permis de construire accélérés à un mois pour les reconstructions classiques, des exonérations de taxe foncière et trois mois de cotisations sociales suspendues pour les entreprises, un fonds agricole de 6 millions d'euros et une enveloppe touristique de 2 millions. La date limite de déclaration des sinistres aux assureurs a été repoussée au 31 août pour les personnes évacuées.
Jean-Luc Gleyze salue ces annonces tout en pointant un angle mort : l'accompagnement social des familles sinistrées, à deux semaines de la rentrée scolaire. « Elles ont besoin d'un accompagnement renforcé pour surmonter les conséquences du drame vécu cet été », a-t-il rappelé, citant l'accès aux droits, le relogement, le suivi psychologique et l'accompagnement des personnes âgées ou handicapées comme des chantiers de long terme, distincts de l'urgence estivale. Le département demande aussi à figurer explicitement parmi les bénéficiaires de l'enveloppe de 10 millions destinée aux collectivités, en raison de son engagement dans la sécurisation des routes et l'accompagnement des sinistrés, comme il le détaillait déjà début août dans son organisation de l'après-incendie.
Aucune opposition organisée aux mesures annoncées ne s'est exprimée à ce stade parmi les collectivités concernées : la contestation, documentée par la presse régionale au Porge, portait sur la lenteur et l'ampleur perçue des annonces plutôt que sur leur principe. Les trois présidents de département disent rester « vigilants sur la poursuite de ces échanges » avec le gouvernement. Le projet de loi de finances 2027, qui doit contenir les arbitrages sur la taxe assurantielle des SDIS, sera présenté à l'automne.
Sources
Département de la Gironde (espace presse)
Incendies en Gironde : un courrier pour demander des actions concrètes du gouvernementDépartement de la Gironde (espace presse)
Incendies en Gironde : Des avancées dans les annonces, mais des attentes subsistent
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