Place de la Bourse, 81 commerces touchés : les commerçants bordelais face à 8 à 10 millions d'euros de dégâts
Le 17 octobre, 81 commerces ont été touchés dans l'hypercentre de Bordeaux : la CCIBG chiffre les dégâts entre 8 et 10 millions d'euros.

Coyau, CC BY-SA 3.0 · Wikimedia Commons
À 15 heures, le samedi 17 octobre, la préfète de la Gironde a demandé aux commerces de l'hypercentre de baisser le rideau. Une heure plus tôt, place de la Bourse, un cortège déclaré s'était gonflé d'une foule venue d'un appel lancé sur les réseaux sociaux : près de 40 000 personnes, selon le récit que la préfecture en a fait mardi 20 octobre devant les commerçants réunis à l'hôtel de ville.
Que reste-t-il des vitrines après le 17 octobre ?
Le président de la Chambre de commerce et d'industrie Bordeaux Gironde (CCIBG) y a présenté un bilan consolidé : 81 commerces touchés directement. Parmi eux, 38 ont été vandalisés et pillés, 30 ont eu leurs vitrines brisées, et des dizaines d'autres ont été tagués. La CCIBG estime les dégâts entre 8 et 10 millions d'euros. C'est une estimation de l'organisme consulaire, pas un chiffrage d'assureurs.
La chambre de commerce a elle-même été visée. Selon la préfecture, des individus ont brisé de nombreuses baies vitrées de ses bâtiments, tagué des édifices historiques et vandalisé un local à l'angle de la place de la Bourse et de la rue Philippart. Un feu de poubelles a pris rue Leupold, à l'arrière. Les forces de l'ordre ont fait usage de gaz lacrymogènes pour empêcher la progression vers le centre-ville.
Le bilan humain, tel que la préfecture le donne mardi, est de 63 policiers blessés et une dizaine de blessés côté manifestants. Il y a eu 109 interpellations avec garde à vue, chiffre que le procureur avait publié la veille.
La préfecture reconnaît aussi une limite. Les forces de l'ordre ont contenu les groupes de casseurs sur plusieurs points de tension, mais n'ont pas pu traiter tous les sites, vu l'intensité des troubles et un centre-ville « envahi par des milliers de personnes ». Elle explique que casseurs et pilleurs, venus de Bordeaux et de tout le département, ont convergé après la dispersion du cortège, alertés par des contenus diffusés en ligne. La manifestation elle-même n'avait été déclarée que tardivement, la veille.
Quelles aides, et à quelle porte frapper ?
Ville et Métropole ont d'abord réparé dans l'urgence. Dès samedi soir, leurs équipes ont posé des panneaux de bois sur les vitrines de plus de quarante commerces. Le nettoyage a rendu les rues praticables dès dimanche matin, ce qui a permis de maintenir la course du Challenge du Ruban Rose, et le réseau TBM a rouvert lundi matin. Le nettoyage des graffitis, la réparation du mobilier urbain et la remise en état des pavages se poursuivent cette semaine, indique la mairie.
Pour l'indemnisation, le communiqué commun de la préfecture et de la mairie recense plusieurs guichets :
- Finances publiques : une conseillère aux entreprises en difficulté, au 06 17 22 70 81, devient le point d'entrée unique pour les questions d'impôts et de charges.
- URSSAF : elle peut accorder des moratoires et des aides directes aux travailleurs indépendants sinistrés.
- Gouvernement : le Premier ministre a annoncé le 19 octobre l'activité partielle, avec un dispositif « reste à charge zéro pour les entreprises », et un fonds de soutien à la trésorerie dont le détail devait être précisé « dans les prochaines heures ». Les banques et les assurances ont été saisies.
- France Assureurs : des experts doivent passer rapidement dans les commerces touchés, et des avances peuvent être versées au cas par cas. Le dépôt de plainte est présenté comme le préalable pour déclencher l'ensemble des dispositifs.
- CCIBG : une cellule de crise ouverte 7 jours sur 7 (05 56 79 50 00), des équipes en porte-à-porte, un soutien psychologique via l'association APESA et une permanence avec le barreau de Bordeaux pour les démarches d'assurance. La Chambre de métiers et de l'artisanat a activé son numéro d'urgence, le 30 06.
Le maire, Thomas Cazenave, a reconnu que « les commerçants sont en colère » et « en attente de solutions concrètes ». Il a qualifié d'« inédite » la violence subie. Il a ajouté que cette réunion « doit être renouvelée ».
Et samedi prochain, que change-t-on ?
Les commerçants, appuyés par le maire, ont demandé que les prochaines manifestations ne passent plus par le centre-ville commerçant. La préfète, Sophie Brocas, doit rencontrer les organisateurs pour définir des parcours hors de l'hypercentre. Elle a dit avoir entendu le souhait de pouvoir ouvrir « sereinement le samedi à l'approche des fêtes de Noël ».
Plusieurs mesures sont annoncées pour le week-end :
- des renforts de sécurité prépositionnés sur les axes commerçants ;
- le retrait du centre-ville des véhicules en libre-service, accusés d'avoir servi à casser et à monter des barricades enflammées ;
- la consigne de rentrer les conteneurs à poubelles ;
- une permanence en mairie pour équiper les boutiques de rideaux de fer durables, la cheffe des Architectes des Bâtiments de France ayant précisé que les protections de vitrines peuvent être posées sans délai ni déclaration préalable.
Un arrêté de couvre-feu a été pris lundi 19 octobre. Il vise les mineurs non accompagnés d'un représentant légal, de 22 h à 7 h, dans les rues les plus touchées. Son périmètre et ses conditions pourraient être durcis selon les prévisions de mobilisation du week-end. Nous détaillions ce dispositif et la réunion de crise le 20 octobre. Mardi 20 octobre, à 18 h, le maire a présidé à huis clos une formation restreinte du Conseil local de sécurité et de prévention de la délinquance, avec la préfète et le procureur, pour tirer les enseignements de la journée.
Sophie Brocas a répété que « la liberté de manifester est un droit » qu'il faut préserver, et que les violences et les pillages n'y ont pas leur place.
Quatre jours avant ces violences, le 13 octobre, la Ville présentait ses priorités pour le commerce : un secteur de plus de 40 000 salariés, une zone de chalandise de 850 000 personnes et une taxe sur les friches commerciales votée le 28 septembre, applicable au 1er janvier 2027.
Sources
Communiqués de presse (email)
Bordeaux en soutien de ses commerçants
Mairie de Bordeaux
Violences et dégradations du 17 octobre : la Ville mobiliséeVille de Bordeaux · communiqués de presse
Bordeaux en soutien de ses commerçants : bilan de la réunionVille de Bordeaux · communiqués de presse
Conseil local de sécurité et de prévention de la délinquance (CLSPD) de Bordeaux
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