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Rue Sainte-Catherine, trois jours après le saccage : couvre-feu pour mineurs et réunion de crise en mairie

Après le saccage du 17 octobre, couvre-feu pour mineurs jusqu'au 26 octobre dans six secteurs du centre et réunion avec les commerçants en mairie.

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Piétons nombreux dans la rue Sainte-Catherine à Bordeaux, entre façades en pierre et enseignes de magasins.

Horcrux, CC BY-SA 4.0 · Wikimedia Commons

Une centaine de commerces identifiés comme ciblés, dont plus de quarante dont les vitrines ont été sécurisées dès dimanche soir : c'est le décompte que la Ville de Bordeaux donnait le 18 octobre, au lendemain de la manifestation du samedi 17. Ce mardi 20 octobre, le centre-ville entre dans une phase de gestion de crise : un couvre-feu pour les mineurs non accompagnés s'applique dans plusieurs rues commerçantes, et le maire réunit en mairie les représentants des commerçants.

Ce que prévoit le couvre-feu

L'arrêté de la préfète de la Gironde, Sophie Brocas, annoncé le 19 octobre, interdit aux mineurs non accompagnés d'un représentant légal de circuler de 22 h à 7 h, du mardi 20 octobre jusqu'au lundi 26 octobre au matin. Il ne vaut que pour des secteurs précis de Bordeaux : rue Sainte-Catherine, rue de la Porte-Dijeaux, cours de l'Intendance, promenade Sainte-Catherine, place Saint-Projet et place du Général-Sarrail.

La préfecture dit l'avoir pris après échanges avec le maire, Thomas Cazenave, la chambre de commerce et d'industrie (CCI) et la chambre de métiers et de l'artisanat (CMA). Elle l'explique par la volonté de « prévenir toute nouvelle atteinte aux commerces ». La Ville indique de son côté que la Brigade de nuit, créée par la municipalité et opérationnelle depuis le 2 juillet, est déployée chaque nuit dans les secteurs concernés.

La réunion de travail se tient ce mardi à l'hôtel de ville. L'agenda de la préfète la place à 9 h 00, en présence des chambres consulaires et des associations de commerçants. Selon la Ville, Patrick Seguin (CCI Bordeaux Gironde) et Nathalie Laporte (CMA de la Gironde) y participent, l'État s'y associant « pleinement » pour établir un état des lieux et « construire ensemble » des réponses. Un conseil local de sécurité restreint est prévu à 18 h 00 à l'hôtel de ville.

Que disent les chiffres de samedi ?

Les bilans de la préfecture évoluent d'un communiqué à l'autre, et ne se recoupent pas parfaitement. Celui du 17 octobre à 20 h 30 parle de « plusieurs centaines d'individus violents » en marge d'une manifestation de la CGT qui rassemblait « plusieurs milliers » de participants et était partie à 14 h 00 de la place de la Bourse. Il mentionne 260 policiers et 60 gendarmes départementaux, deux engins lanceurs d'eau et deux véhicules blindés. Le bilan provisoire était alors de 23 blessés (15 parmi les forces de l'ordre, 8 parmi les manifestants) et de 55 interpellations.

Le communiqué du 19 octobre évoque « plusieurs milliers d'individus » auteurs de dégradations et de pillages, 400 policiers et gendarmes engagés, et « près de 120 » interpellations sur la journée de samedi et la nuit suivante. Soit plus du double du chiffre de 20 h 30. Il juge les troubles d'une « exceptionnelle gravité » et d'un « niveau de violence inédit ». Rien dans les documents consultés n'explique l'écart entre les effectifs annoncés, ni entre centaines et milliers d'auteurs.

La participation à la manifestation est elle-même diversement estimée. Le député Loïc Prud'homme parle de 20 000 personnes sur Bluesky et dénonce la « stratégie de l'escalade » du gouvernement. La préfecture, elle, s'en tient à « plusieurs milliers ». Le déroulé de la journée, dont le saccage de la résidence préfectorale, est retracé dans notre article du 18 octobre.

Que peuvent attendre les commerçants touchés ?

La Ville décrit des dégâts allant du graffiti à l'incendie, en passant par les vitrines brisées et le pillage. Elle précise que les services de Bordeaux Métropole ont nettoyé les rues, ce qui a permis de maintenir dimanche la course du Challenge du Ruban Rose (22e édition) et de rétablir le réseau TBM sur toutes ses lignes. Aucun bilan chiffré des dommages n'apparaît dans les documents consultés.

France 3 Nouvelle-Aquitaine a recueilli, lors de la visite du maire et de la préfète rue Sainte-Catherine dimanche, la colère de commerçants et d'habitants. Certains reprochent l'absence de forces de l'ordre entre 16 h et 19 h. Selon la chaîne, Sophie Brocas, interrogée sur une anticipation des casseurs, a répondu que les autorités ne savaient pas. Ces reproches sont des témoignages, que les sources officielles n'abordent pas. Le communiqué préfectoral du 19 octobre dit seulement que la préfète « mesure la colère » exprimée par beaucoup de commerçants.

Pour les artisans, la CMA Nouvelle-Aquitaine a ouvert une cellule de crise. Les entreprises touchées peuvent appeler le 30 06, gratuit, du lundi au jeudi de 8 h 30 à 17 h 30 et le vendredi de 8 h 30 à 17 h. Elles y trouvent une aide pour déclarer le sinistre à leur assureur, pour déposer plainte et pour s'orienter vers les dispositifs d'indemnisation. La plainte peut aussi se déposer en ligne sur Masecurite.fr.

Le mouvement dépasse Bordeaux. Alain Rousset, président de la Région Nouvelle-Aquitaine, a condamné le 17 octobre les dégradations de la résidence préfectorale, de la CCI et l'incendie à la mairie de Limoges. Il y voit l'œuvre d'« individus isolés » étrangers à la mobilisation, et appelle à « une véritable séquence de dialogue ». À Bordeaux comme à Cenon, des rassemblements républicains ont eu lieu lundi 19 octobre, à midi dans la cour de l'hôtel de ville bordelais et à 17 h 30 devant la mairie de Cenon.

Selon l'agenda de la préfète, le maire doit rencontrer le procureur de la République, Renaud Gaudeul, le vendredi 23 octobre à 8 h 30.

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Sources

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