Bordeaux après le 17 octobre : résidence préfectorale saccagée et commerces pillés
Un cortège de plusieurs milliers de personnes, puis des centaines d'individus violents : 55 interpellations samedi soir, 110 dimanche selon la préfecture.

Jefunky, CC BY-SA 4.0 · Wikimedia Commons
En marge du cortège du samedi 17 octobre, « plusieurs centaines d'individus violents ont commis des dégradations et des pillages dans le centre-ville de Bordeaux, s'en prenant notamment à la résidence préfectorale et à de très nombreux commerces », écrit la préfecture de la Gironde dans son point de 20 h 30. Son bilan provisoire fait état de 23 blessés, dont 15 parmi les forces de sécurité et 8 parmi les manifestants, et de 55 interpellations, notamment pour jets de projectiles, pillages et violences sur des personnes dépositaires de l'autorité publique.
Dimanche, la préfecture annonçait 110 interpellations, dont 40 % de mineurs, et 63 membres des forces de l'ordre blessés, selon ICI. Ce bilan actualisé n'avait pas été publié sur son site en fin de matinée.
Plusieurs milliers selon la préfecture, 100 000 selon la CGT
La journée nationale contre la vie chère a donné lieu à plusieurs manifestations déclarées dans l'agglomération. La principale, « organisée par la CGT dans la continuité du mouvement lycéen », est partie à 14 h de la place de la Bourse avec « plusieurs milliers de participants », écrit la préfecture. Le mouvement lycéen avait réuni 4 000 personnes le 13 octobre et 880 le 15, selon la préfecture. Pour samedi, les chiffres ne se recoupent pas. La préfecture a compté au moins 7 000 personnes dans le cortège déclaré, selon France 3, et la CGT 100 000 en Gironde, selon ICI. Le député LFI de la Gironde Loïc Prud'homme en a annoncé 20 000 sur Bluesky. Rue89 Bordeaux, qui a fait sa propre estimation, en compte 30 000.
Peu après 14 h, les premiers tirs de gaz lacrymogènes sont signalés place de la Bourse, rapportent France 3 et ICI. Des tirs de mortiers d'artifice retentissent autour du miroir d'eau. Pour encadrer la journée, 260 policiers étaient mobilisés à Bordeaux, appuyés par 60 gendarmes, deux engins lanceurs d'eau et deux véhicules blindés de la gendarmerie, selon la préfecture. Les forces de l'ordre ont été « conduites à employer la force à répétition pour défendre leurs positions », écrit-elle. Selon les autorités citées par ICI, 4 400 grenades lacrymogènes ont été lancées dans la journée.
La résidence de la préfète saccagée, le RAID engagé
L'hôtel de Nesmond, rue Vital-Carles, est la résidence des préfets de la Gironde depuis 1907. Samedi, des manifestants ont pénétré dans sa cour, selon France 3. « Des individus sont entrés et ont saccagé les lieux », a indiqué une porte-parole de la préfecture à l'AFP. Selon ICI, l'essentiel de ce qui se trouvait au rez-de-chaussée a été cassé. Il n'y a pas eu de victime : la préfète Sophie Brocas se trouvait en salle de crise, à l'hôtel de police. Le RAID a été activé pour appuyer les forces de l'ordre après le saccage, rapporte l'AFP.
Dans le centre, les vitres de la Chambre de commerce et d'industrie ont été brisées, et le bâtiment brièvement investi selon l'AFP. Des manifestants sont entrés dans le magasin Louis Vuitton, selon France 3. Peu avant 15 h 30, un groupe s'en est pris au Carrefour Express du cours Victor-Hugo, rapporte ICI, qui signale aussi une agence LCL prise pour cible. Rue Sainte-Catherine, Décathlon, les Galeries Lafayette, l'Apple Store et le magasin Jott ont été visés, selon ICI. L'AFP cite aussi Intersport, Nocibé et Snipes parmi les enseignes saccagées et pillées. ICI évoque entre 50 et 100 magasins dégradés en centre-ville. À 20 h 30, des opérations de police se poursuivaient encore dans les secteurs Sainte-Catherine et Victoire.
Les commerçants en colère, une cellule d'appui à la CCI
Dimanche matin, le maire Thomas Cazenave et la préfète ont parcouru les rues du centre pour constater les dégâts. La rue Sainte-Catherine avait été nettoyée. « Ici, il n'y a pas eu un seul policier entre 16 h et 19 h ! », a lancé l'un des témoins rencontrés par France 3. « C'est des milliers d'euros de dégâts derrière pour les commerçants », a témoigné un commerçant. La CCI a déclenché une cellule d'appui aux commerçants, selon ICI.
Dans son communiqué, Sophie Brocas condamne « avec la plus grande fermeté ces actes » et rappelle que « la liberté de manifester ne justifie ni les violences contre les forces de l'ordre, ni les dégradations, ni les pillages ». Elle apporte son soutien aux commerçants touchés. « Les auteurs ont visé directement les institutions de la République et l'autorité de l'État », a réagi samedi Thomas Cazenave, qui a demandé aux équipes techniques de la Métropole d'aider les commerçants à sécuriser leurs vitrines. « Rien ne peut légitimer une telle violence », a-t-il ajouté dimanche, selon ICI.
Dimanche midi, le parquet de Bordeaux n'avait rien rendu public sur les suites judiciaires. À l'échelle du pays, entre 550 000 et 800 000 personnes ont manifesté samedi, selon la police et les organisateurs, d'après l'AFP. La CGT appelle désormais à la journée intersyndicale de grève et de manifestation interprofessionnelle du 5 novembre.
Sources
Préfecture de la Gironde
Dégradations, pillages et violences en marge de la journée de mobilisation à Bordeaux : point à 20 h 30Préfecture de la Gironde
Visite de l'hôtel de Nesmond, résidence préfectorale (septembre 2022)ICI Gironde
Mobilisation du 17 octobre : 23 blessés en Gironde selon le bilan provisoire de la préfectureICI Gironde
Mobilisation du 17 octobre à Bordeaux : « Rien ne peut légitimer une telle violence », dénonce le maireFrance 3 Nouvelle-Aquitaine
Manifestations du 17 octobre sous tension à BordeauxFrance 3 Nouvelle-Aquitaine
« Ici, il n'y a pas eu un seul policier entre 16 h et 19 h ! » : à Bordeaux, la colère des commerçants au lendemain du 17 octobreFrance 24 (AFP)
Le 17 octobre vire au chaos dans le centre de BordeauxFrance 24 (AFP)
Mobilisation massive en France contre la vie chère suivie de scènes de chaosRue89 Bordeaux
17 octobre à Bordeaux : la marée humaine contre l'austérité balayée par une déferlante de violences
Une erreur dans cet article ? Signalez-la à la rédaction.
À lire aussi
Lormont · Société
Rocade A630 fermée à Lormont et Bordeaux les nuits des 21 et 22 octobre
La rocade sera coupée entre Lormont et Bordeaux de 21 h à 6 h, tandis que le pont de Mireport ferme dès lundi pour huit jours.
Bordeaux Centre · Société
Place de la Victoire, 180 silhouettes noires après un cortège de 880 personnes
La préfecture compte 880 manifestants jeudi à Bordeaux, contre 8 700 le 6 octobre, puis dix interpellations en marge du mouvement lycéen.
Bordeaux · Société
Bordeaux : « Parlons-nous », la Ville écoute les publics des solidarités jusqu'en janvier
Visites, ateliers, déjeuners : les structures de solidarité peuvent se faire connaître pour accueillir la Ville, avec une restitution prévue en février.