Talence : pour un arrêt de bus, il a fallu rouvrir le dossier du captage centenaire de Lavardens
Un arrêt de bus voulu par TBM à Talence a rouvert le dossier réglementaire d'un captage d'eau potable centenaire, sur fond de nappe en déficit chronique.
Photo by Patrick Federi on Unsplash
Sous la parcelle de Lavardens, à Talence, un forage vieux de cent ans plonge à environ 400 mètres pour puiser l'eau de la nappe de l'Éocène, celle qui alimente en eau potable une bonne partie de l'agglomération bordelaise. Sur cette même parcelle, Bordeaux Métropole Transports veut aménager une voie et un arrêt pour la ligne Lianes 4. Entre les deux, un texte réglementaire vieux de plusieurs décennies : le périmètre de protection rapprochée (PPR) du captage, qui interdit ou encadre strictement toute construction à proximité immédiate du point de prélèvement. Pour que le bus puisse s'arrêter là, il a donc fallu réviser ce périmètre, et pour réviser ce périmètre, ouvrir une enquête publique.
Celle-ci s'est tenue du 9 au 24 juillet, sous la conduite d'Éric Leblanc, ancien cadre territorial d'Orange à la retraite, désigné commissaire enquêteur par ordonnance du président du tribunal administratif de Bordeaux le 13 mai. Son rapport, remis à l'issue de cette enquête dite simplifiée, est désormais consultable en ligne sur le site de la ville, et une version papier reste disponible au service urbanisme pendant un an, comme l'exige la réglementation. La procédure porte sur la révision de l'acte de déclaration d'utilité publique et de l'autorisation environnementale encadrant la dérivation d'eau et l'installation du périmètre de protection, un empilement de sigles qui traduit surtout une règle simple : on ne construit pas n'importe quoi à côté d'un point de captage d'eau potable, sauf à en justifier précisément l'utilité publique. Comme nous l'écrivions le 22 juillet, l'ouverture de cette enquête intervenait alors que la nappe qui alimente Lavardens fait l'objet, à l'échelle de toute la métropole, d'une surveillance croissante face à ses déficits.
Pourquoi un simple arrêt de bus mobilise un commissaire enquêteur
Le réservoir de Lavardens n'a rien d'un site secondaire. Construit en 1926 à l'initiative de la municipalité de l'époque, il se compose de deux bassins jumeaux de 5 500 m³ chacun, dont un seul reste aujourd'hui en service. Cent ans après sa mise en eau, il figure toujours parmi les quatre plus grands sites de stockage d'eau potable de la métropole bordelaise, propriété de Bordeaux Métropole depuis le retour en régie directe du service de l'eau en 2023. C'est ce statut, celui d'une infrastructure stratégique et non d'un simple terrain vague, qui impose que la moindre modification de ses abords, même pour un aménagement de voirie, passe par une procédure aussi lourde qu'une enquête publique et un rapport de commissaire enquêteur.
Le projet de TBM répond à un besoin très concret : améliorer le niveau de service de la Lianes 4, ligne qui dessert le campus universitaire et le centre de Talence. Le secteur est déjà en pleine recomposition. À quelques centaines de mètres, le chantier du pôle multimodal de la Médoquine, qui doit intégrer une nouvelle halte ferroviaire, des bus, des vélos et des cheminements piétons, a déjà entraîné le déplacement de l'arrêt "Réservoir Lavardens" vers la rue de Tauzin le temps des travaux, prévus pour durer bien au-delà de la rentrée 2026. La révision du périmètre de protection s'inscrit donc dans une reconfiguration plus large des mobilités de ce quartier, où transport en commun et infrastructure d'eau potable se retrouvent, littéralement, sur le même terrain.
Une ressource sous tension bien au-delà de Talence
Le contexte qui rend ces révisions de périmètres si sensibles dépasse largement Talence. Dès 2003, le syndicat mixte d'étude et de gestion de la ressource en eau de Gironde (Smegreg) a mis en évidence un déficit structurel dans l'exploitation des nappes profondes de l'Éocène, celles-là mêmes dans lesquelles puise le forage de Lavardens. L'objectif fixé depuis pour préserver la ressource est de faire redescendre les prélèvements métropolitains de 27 millions de mètres cubes par an à 15 millions. Pour y parvenir sans fragiliser l'alimentation en eau potable de l'agglomération, Bordeaux Métropole mise sur le champ captant des Landes du Médoc, un ensemble de quatorze forages destiné à substituer 10 millions de mètres cubes annuels prélevés dans l'Éocène par un pompage équivalent dans la nappe de l'Oligocène, jugée non déficitaire sur sa frange littorale. Dans ce paysage de bascule hydrogéologique à grande échelle, la révision du petit périmètre de Lavardens fait figure de simple ajustement technique, mais elle illustre la même logique : chaque mètre carré autour d'un captage compte, et aucune modification, fût-elle motivée par un arrêt de bus, n'échappe désormais à l'examen.
Aucune opposition publique à ce projet précis n'a été recensée à ce stade, ni dans les publications de la mairie ni dans la presse locale consultée pour ce papier. La procédure engagée par TBM et la régie de l'eau de Bordeaux Métropole n'a pas suscité de mobilisation identifiable de riverains ou d'associations environnementales, à la différence d'autres dossiers de ressource en eau dans l'agglomération.
Il revient désormais au préfet de Gironde de statuer par arrêté sur la révision de la déclaration d'utilité publique, sur la base des conclusions du commissaire enquêteur, avant que Bordeaux Métropole Transports puisse engager les travaux de la voie et de l'arrêt destinés à la Lianes 4.
Sources
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