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Saint-Médard-en-Jalles — Environnement

À Saint-Médard-en-Jalles, la traque aux mégots rapporte 35 000 euros par an à la ville

Premier contrat girondin avec l'éco-organisme du tabac, la ville forestière a récupéré 264 706 mégots en 2025 et 35 000 euros de subvention annuelle.

Rédaction L'Échoppe 33
24 août 2026 · 4 min de lecture
brown and white round nuts on black metal container

Photo by iMattSmart on Unsplash

Sous les pins de la forêt médardaise, qui couvre plus de la moitié des 8 527 hectares de la commune, un mégot mal éteint suffit à déclencher un incendie. La ville, première commune de Gironde à avoir signé en 2021 un contrat avec l'éco-organisme Alcome, a fait de ce petit déchet blanc et orange un sujet de politique publique à part entière, entre prévention du risque incendie, pollution des sols et, désormais, argent public.

Le chiffre donne la mesure du problème à l'échelle nationale : 23 milliards de mégots sont jetés chaque année en France, selon les données reprises par la municipalité. Un fumeur sur quatre reconnaît même les jeter par la fenêtre de sa voiture. À l'échelle de Saint-Médard-en-Jalles, les services du Cadre de vie ont récupéré 264 706 mégots en 2025 dans les bornes installées aux endroits où ils s'accumulent le plus, ce que la ville appelle des « hotspots ». Rapporté au 45 kilogrammes annoncés par la commune, cela représente une fraction infime des volumes nationaux, mais un totem pour une ville qui revendique d'avoir été pionnière dans le département.

De la borne municipale au four à ciment, le trajet d'un mégot collecté

Ce travail de collecte n'est pas gratuit, et c'est précisément là que le dispositif prend un tour financier inhabituel pour une collectivité. Depuis 2021, la ville perçoit jusqu'à 35 000 euros par an de la part d'Alcome, éco-organisme agréé par l'État et financé par les fabricants de tabac au nom du principe pollueur-payeur. Le barème national distingue les communes rurales, urbaines, touristiques et urbaines denses, avec un financement allant de 0,50 à 2,08 euros par habitant et par an. Avec ses quelque 32 700 habitants recensés par l'Insee en 2022, Saint-Médard-en-Jalles se situe dans la tranche urbaine, ce qui correspond au montant perçu. « C'est suffisamment rare de récupérer des allocations subventions financières, qui plus est pour financer des dépenses de fonctionnement », résume Valentin Désiré, directeur de la Transition écologique de la ville, cité par la municipalité elle-même.

Alcome a vu son budget national grimper à 78,7 millions d'euros pour 2026, en hausse de 5,5 % par rapport aux 74,6 millions de 2025, avec un objectif affiché de réduire de 35 % le nombre de mégots jetés au sol d'ici 2026, puis de 40 % en 2027. Plus de 1 700 communes ont désormais contractualisé avec l'organisme en France. Une fois collectés, les mégots médardais partent vers Keenat, une entreprise fondée à Talence en 2016, qui en extrait l'acétate de cellulose, le plastique du filtre, pour le valoriser ; ceux qui n'ont pas été stockés assez secs finissent en combustible dans des fours à ciment. Sur le terrain, le partenariat noué depuis trois ans avec le Comité de la Forêt et des Ruisseaux et la Défense des forêts contre les incendies (DFCI) a permis d'installer plus d'une trentaine de panneaux d'information sur le risque incendie dans les allées forestières.

Ce que l'argent du tabac ne dit pas du problème à la source

Ce montage, un financement des fabricants de cigarettes pour nettoyer les déchets de leurs produits, n'échappe pas à la critique au niveau national. Le Comité national contre le tabagisme (CNCT), via son antenne Génération sans tabac, dénonce un dispositif qui ferait porter la responsabilité de la pollution sur le seul consommateur, sans jamais interroger la production elle-même, et redoute un effet d'image positive pour un secteur industriel dont les produits restent, par ailleurs, la première cause de mortalité évitable en France. Aucune association locale ni aucun collectif de riverains ne s'est en revanche exprimé publiquement contre la politique médardaise elle-même, qui reste, à ce stade, un dispositif consensuel dans son principe.

La réglementation nationale est venue renforcer l'arsenal communal cet été 2025 : un décret publié au Journal officiel le 28 juin 2025 a étendu l'interdiction de fumer aux abribus, aux parcs et jardins publics, aux plages, aux abords des bibliothèques, des équipements sportifs et des établissements scolaires, dans un périmètre fixé par arrêté. Les contrevenants s'exposent à une amende de 135 euros, pouvant grimper à 750 euros en cas de poursuite judiciaire. La police municipale de Saint-Médard-en-Jalles dispose désormais, en parallèle des bornes de collecte, d'un levier de verbalisation directement lié à cette nouvelle réglementation.

En parallèle de ce volet réglementaire et financier, la ville a lancé cet été une réserve éco-citoyenne, appelant les habitants volontaires à participer à des chantiers de végétalisation, de nettoyage d'espaces naturels ou d'appui aux services municipaux en cas de canicule ou d'inondation. Les inscriptions se font via un formulaire en ligne ; les modalités précises, rythme des interventions et formations, seront présentées lors de rencontres organisées ultérieurement par la municipalité.

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