Après le méga-feu de Saumos, la forêt landaise face à un piège en cascade
Le méga-incendie de juillet a révélé une forêt landaise prise au piège : changement climatique, ravageurs et monoculture du pin s'alimentent mutuellement.
Larrousiney, CC BY-SA 3.0 — Wikimedia Commons
Quarante-deux mille hectares partis en fumée, plus de 200 maisons détruites, 224 000 personnes évacuées en moins d'une semaine : le bilan de l'incendie parti de Saumos le 22 juillet reste, trois semaines plus tard, le point de départ obligé de toute réflexion sur l'avenir de la forêt des Landes de Gascogne. Pour les chercheurs de l'unité Biogeco d'INRAE, installés au domaine de l'Hermitage à Pierroton, sur la commune de Cestas, la catastrophe n'est pas seulement écologique : elle est aussi le symptôme d'un système fragilisé depuis longtemps, et qui ne guérira pas avec la repousse des aiguilles.
Dans une tribune publiée sur The Conversation et reprise par le centre INRAE Nouvelle-Aquitaine-Bordeaux, les scientifiques décrivent un effet domino. Le changement climatique modifie le régime des pluies, plus abondantes en hiver, ce qui favorise une végétation dense au printemps ; les canicules et sécheresses, de plus en plus précoces, l'assèchent ensuite et la transforment en combustible. Une fois le feu passé, les arbres affaiblis mais encore debout deviennent la proie des scolytes, ces coléoptères qui se nourrissent des tissus conducteurs de sève, puis du nématode du pin, un ver microscopique transporté par un insecte, Monochamus galloprovincialis, attiré par le bois brûlé. Un premier foyer de ce nématode, classé organisme de quarantaine par l'Union européenne, a été confirmé en novembre 2025 à Seignosse puis à Angresse en mars 2026 ; la préfecture des Landes a instauré une zone d'interdiction de circulation du bois de 20 kilomètres autour du foyer, un rayon jugé incertain par les autorités elles-mêmes puisque l'insecte vecteur peut voler jusqu'à 20 kilomètres par an.
Les chercheurs mettent en garde contre la tentation de replanter à l'identique. La forêt des Landes de Gascogne, near 800 000 hectares dominés à plus de 80 % par le pin maritime, doit sa vulnérabilité à cette spécialisation même. Sans rejeter l'essence, qui reste adaptée aux sols acides de la région, les scientifiques plaident pour cesser de ne planter que du pin et diversifier les peuplements. Une proposition de loi évoquée par plusieurs médias régionaux prévoit un fonds national d'adaptation au feu, un encadrement des coupes rases et l'interdiction du dessouchage après incendie, jugé néfaste à la récupération des sols.
À Pierroton même, près de 80 hectares de dispositifs de recherche forestière, dont plusieurs observatoires suivis depuis des décennies, ont brûlé, amputant des programmes d'envergure européenne. L'équipe qui les animait rappelle que le massif ne pourra pas être reconstitué à l'identique : au Portugal, des sécheresses et l'arrivée du même nématode ont conduit à convertir une partie des anciennes pinèdes en eucalyptus ou en terrains artificialisés. Reste à savoir quelles essences et quels arbitrages, entre débroussaillement, drainage et biodiversité, seront retenus pour la forêt de demain.
Sources
INRAE Nouvelle-Aquitaine-Bordeaux — centre (actualités)
En Gironde, les vulnérabilités des forêts ne disparaîtront pas avec la fumée des incendies
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