L'Échoppe33
● Direct

Environnement

Incendies : la métropole bordelaise referme un été hors normes, mais pas la question des moyens

Fin du suivi quotidien de l'incendie de Luglon ce 20 août, au terme d'un été marqué par 42 000 hectares brûlés et deux pompiers morts près de Bordeaux.

Rédaction L'Échoppe 33
20 août 2026 · 4 min de lecture
Dense smoke drifts through a sunlit pine forest

Photo by Emma Renly on Unsplash

Ce jeudi 20 août, Atmo Nouvelle-Aquitaine a publié son dernier bulletin quotidien consacré à l'incendie de Luglon. Un geste presque administratif, une ligne de moins dans un tableau de bord, mais qui ferme un dossier ouvert depuis le 13 août dans les Landes. Les communes proches du sinistre affichaient encore ce matin un indice de qualité de l'air "mauvais", et des fumées résiduelles pouvaient encore être poussées vers l'est par des vents de 30 à 40 km/h. Les pluies attendues dans la journée devraient rabattre les poussières au sol et clore, pour de bon cette fois, un été où la fumée n'a presque jamais quitté le ciel girondin.

Le feu de Luglon, dans les Landes, a parcouru environ 1 700 hectares et provoqué l'évacuation préventive de 525 habitants avant d'être déclaré fixé le 17 août. Comparé à ce qui s'est joué un mois plus tôt à une soixantaine de kilomètres de là, c'est un sinistre de taille modeste. Mais pour Bordeaux et sa métropole, il aura suffi à raviver le souvenir encore frais du feu de Saumos, parti le 22 juillet d'un chantier de débroussaillage mené par Enedis et qui a fini par consumer environ 42 000 hectares en neuf jours. Du jamais-vu dans le département depuis les grands feux de 2022, où les incendies cumulés de Landiras et de La Teste-de-Buch avaient ravagé un peu plus de 32 000 hectares sur toute la saison. Cette fois, un seul foyer a suffi à faire plus, en moins de temps, et surtout beaucoup plus près des zones habitées.

Un été qui redessine la mémoire des feux girondins

Les chiffres de la qualité de l'air disent la même chose que ceux des pompiers. Selon les premières mesures publiées par Atmo Nouvelle-Aquitaine, la station de Bordeaux Grand Parc a enregistré un pic horaire de 666 microgrammes de particules PM10 par mètre cube dans la soirée du 24 juillet, soit plus de treize fois le seuil d'information réglementaire fixé à 50 µg/m³ en moyenne journalière. Un autre capteur, à Bordeaux Gautier, relevait au même moment 342 µg/m³ de PM2,5, ces particules les plus fines et les plus pénétrantes pour les voies respiratoires. Cette pointe de pollution a justifié le classement en "événement" de la Gironde, des Landes, de la Dordogne et du Lot-et-Garonne par Atmo, une catégorie réservée aux dégradations exceptionnelles liées aux feux de forêt.

Le bilan humain, lui, aura marqué la métropole plus directement encore. Le 21 juillet, Wilfried Schmitter et Anthony Berthôme, deux sapeurs-pompiers professionnels de 34 ans du centre de secours de Saint-Médard-en-Jalles, sont morts piégés dans leur camion-citerne alors qu'ils luttaient contre un feu de 26 hectares près de l'aéroport de Bordeaux-Mérignac. Un adolescent de 15 ans a depuis été mis en examen dans le cadre de l'enquête sur l'origine de ce sinistre. Drapeaux en berne et gerbes de fleurs se sont accumulés devant la caserne dans les jours qui ont suivi. Comme nous l'écrivions le 28 juillet, les hôpitaux bordelais avaient eux aussi basculé en plan blanc pour absorber une mobilisation sans précédent, entre soins maintenus et soutien psychologique aux équipes.

Qui doit muscler le SDIS avant le prochain été ?

Cette accumulation d'épisodes a débouché, le 13 août, sur un mouvement de grève national des sapeurs-pompiers, avec des revendications particulièrement vives en Gironde. Le Service départemental d'incendie et de secours compte plus de 6 000 personnels professionnels et volontaires, chargés de couvrir simultanément Bordeaux Métropole, un vaste massif forestier, la façade littorale touristique et de nombreuses communes rurales. Nicolas Agar, secrétaire général du syndicat SUD au SDIS de la Gironde, résume la situation en une phrase : le financement du service par le Département "arrive à bout". Depuis la création en 2022 des groupes incendie feux de forêt, une mission supplémentaire confiée aux casernes, le nombre de pompiers professionnels n'a pas augmenté.

Le constat dépasse la Gironde. Sébastien Bouvier, représentant national de la CFDT, qualifiait dès le 26 juillet sur France Info la situation de "catastrophique" face aux incendies touchant simultanément la Gironde, le Var, la Corse et les Landes, pointant un manque d'effectifs humains plutôt que de matériel. Son collègue Guillaume Millet ajoute que lorsqu'une colonne de renfort de cinquante pompiers est engagée sur un feu, il en faudrait le double pour respecter les temps de repos de sécurité. À l'échelle nationale, un rapport sénatorial sur le budget 2026 rappelle que la part des départements dans le financement des SDIS est passée de 1,6 milliard d'euros en 2005 à 3,3 milliards aujourd'hui, sans que le modèle soit jugé soutenable, les collectivités territoriales assurant à elles seules plus de 90 % d'un budget national qui dépasse désormais 5,6 milliards d'euros. Aucune réponse publique du Département de la Gironde à ces critiques syndicales n'a pour l'instant été relevée.

La grève du 13 août n'a pas interrompu les secours, des réquisitions ayant garanti un service minimum. Le classement en "événement" des quatre départements placés sous surveillance renforcée par Atmo depuis juillet devrait, selon l'organisme, être levé dans les prochains jours si les pluies annoncées ce jeudi confirment leurs effets sur la qualité de l'air.

Partager