À Pessac, Henry Frugès voulait loger ses ouvriers dans les cubes de Le Corbusier
Prévue pour quatre secteurs, la cité de Le Corbusier n'en a compté que deux, 51 maisons, avant d'entrer à l'Unesco en 2016.

DeuxPlusQuatre, CC BY-SA 4.0 · Wikimedia Commons
Rue des Arcades, à Pessac, la maison du numéro 3 a été la première de la Cité Frugès à être restaurée, en 1976. Quatre ans plus tard, le 18 décembre 1980, elle a été classée monument historique. Ce pavillon à arcades résume le destin d'un quartier qui, avant d'être célébré, a longtemps été boudé.
Un industriel lecteur de Le Corbusier
La commande vient d'Henry Frugès, industriel du sucre à Bordeaux. Selon la Fondation Le Corbusier, il avait lu Vers une architecture avant de s'adresser à Le Corbusier et à son cousin Pierre Jeanneret. Le premier plan d'ensemble des « Quartiers Modernes Frugès » date du 24 juillet 1924. Contrairement à un essai antérieur à Lège, ces maisons étaient destinées à la vente.
Le projet reposait sur un module de 5 mètres sur 5 et sur un type de base à deux niveaux. Il se déclinait en variantes : maisons à arcades, doubles « gratte-ciel » de la rue Le Corbusier, maisons en quinconce ou en zigzag, maisons jumelles, et une grande villa isolée, la maison Vrinat, celle de l'ingénieur chef de chantier (Sites Le Corbusier).
Un chantier laborieux
Les travaux ont commencé en 1925. La Fondation Le Corbusier évoque une conduite de chantier défaillante et des entreprises locales peu familières du béton projeté, d'où des retards. En mai et juin 1925, Le Corbusier a fait venir un entrepreneur parisien, Georges Summer. Les secteurs C et D ont alors été achevés en parpaings de mâchefer.
Le programme n'a jamais été mené à terme. Seuls deux des quatre secteurs ont été bâtis, soit 51 maisons ; les secteurs A et B sont restés à l'état de projet. Les logements, vacants depuis leur construction, n'ont été raccordés à l'eau qu'en 1929. Pendant la guerre, une grande villa isolée a été détruite par un bombardement : 50 maisons subsistent aujourd'hui.
De la transformation à la protection
L'ensemble a été profondément modifié par ses habitants au fil du temps. La protection est venue progressivement :
- 1976 : inscription de la cité à l'inventaire des sites pittoresques de la Gironde ;
- 1980 : classement de la maison du 3 rue des Arcades ;
- 1983 : achat par la commune d'une maison de type gratte-ciel, ouverte au public ;
- 1998 : création d'une zone de protection du patrimoine architectural, urbain et paysager (ZPPAUP).
En 2016, la Cité Frugès a rejoint la liste du patrimoine mondial de l'Unesco, avec seize autres sites de l'œuvre de Le Corbusier. Selon la Fondation, la protection s'étend désormais aux maisons, aux jardins, aux clôtures et aux intérieurs.
La cité reste un lieu habité, comme nous l'écrivions le 14 août à propos d'ateliers collectifs organisés par le Département.
Sources
Fondation Le Corbusier
Cité Frugès, Pessac (1924-1926)Sites Le Corbusier
Cité Frugès, Pessac
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