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Cinq bassins sortent des restrictions d'eau en Gironde, trois restent en crise après un été de feu

La préfète lève les restrictions sur cinq bassins versants girondins et abroge la vigilance sur l'eau potable, mais trois restent en crise.

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Rangs de vigne chargés de grappes sous un ciel bleu, avec un château d'eau blanc à l'horizon, dans un vignoble de Gironde.

Gilles Guillamot, CC BY-SA 3.0 · Wikimedia Commons

Trois bassins versants girondins, ceux du Fongaband-Langrane, de la Lidoire et de la Barbanne-Lavié-Palais, restent au niveau le plus élevé, la « crise », malgré l'arrêté pris le 28 octobre 2026 par la préfète Sophie Brocas pour alléger les restrictions de l'eau. Pour le reste du département, la carte s'éclaircit : cinq zones d'alerte sortent du dispositif, d'autres redescendent d'un cran.

Le communiqué de la préfecture résume ainsi le mois : octobre a été « modérément pluvieux », avec une partie ouest et sud « légèrement déficitaire » et un nord-est « excédentaire ». La situation des cours d'eau s'améliore globalement, même si certains conservent des écoulements très faibles. Côté eau du robinet, « la pression sur la ressource est redevenue normale », ce qui permet d'abroger le seuil de vigilance sur l'eau potable.

Que change l'arrêté pour les jardins et les champs ?

L'arrêté, pris après consultation de la cellule opérationnelle de gestion de l'étiage (la période des plus basses eaux), distingue quatre mouvements.

  • Levée des mesures sur cinq zones : le Canal des étangs, les Côtiers Est du bassin d'Arcachon, la Bassanne-Beuve-Brion, la Pimpine et la Saye-Meudon-Lary.
  • Retour en « alerte renforcée » pour la Gravouse-Seignal et la Virvée-Moron. L'arrosage des pelouses, jardins, espaces verts et terrains de sport y reste interdit, tout comme le remplissage des piscines (sauf remise à niveau et premier remplissage d'un chantier commencé avant les restrictions) et le lavage des véhicules chez les particuliers. Les potagers ne s'arrosent pas de 8 h à 20 h. Les prélèvements agricoles sont interdits 3,5 jours par semaine : mercredi, jeudi matin, samedi et dimanche.
  • Retour en « alerte » pour la Laurina-Jalle de Ludon et la Livenne. L'arrosage des pelouses est interdit de 8 h à 20 h, celui des potagers de 13 h à 20 h, et les prélèvements agricoles le jeudi et le dimanche. Piscines et lavage des voitures restent soumis aux mêmes interdictions qu'en alerte renforcée.
  • Placement en « vigilance » de la Dronne aval et de l'Isle aval.

Neuf zones restent en alerte renforcée : le chenal du Gua-Deyre-Talais, la Jalle de Castelneau, la Jalle de Blanquefort, le Lisos, le Gaillardon-Euille, la Laurence, l'Andouille, la Gamage-Escouach et le canal latéral de la Garonne. La Garonne aval demeure en alerte. Le communiqué précise que le temps annoncé pour les prochains jours est « calme et ensoleillé, sans précipitations ».

Le mouvement est net depuis le début de l'automne. Selon La Clé Publique, l'arrêté du 2 septembre avait porté à sept le nombre de bassins en crise, dont le chenal du Gua-Deyre-Talais et la Laurina-Jalle de Ludon. Ces deux derniers sont aujourd'hui en alerte renforcée et en alerte. Le communiqué du 28 octobre n'en maintient que trois en crise.

Que dit la ressource après un été de 42 000 hectares brûlés ?

Le SMEGREG, syndicat qui suit les eaux souterraines girondines, dresse dans son retour sur l'été 2026 un bilan qui nuance l'image d'un département à sec. L'été a compté trois épisodes de canicule, des températures record et un incendie parti le 22 juillet à Saumos qui a parcouru plus de 42 000 hectares. Les conditions de sécheresse « se font encore sentir à la fin du mois d'octobre », écrit le syndicat. Pourtant, les ressources utilisées pour l'eau potable « n'ont pas été défaillantes » et aucune interruption d'approvisionnement n'a été causée par un défaut de ressource.

Au plus fort des opérations, les pompiers ont prélevé environ 30 000 m³ d'eau par jour, selon l'évaluation du SMEGREG, soit à peu près la consommation quotidienne habituelle des habitants évacués. L'eau venait de forages de défense incendie, de forages agricoles, de cours d'eau et, ponctuellement, du réseau d'eau potable, ce qui a pu créer des tensions locales. Le syndicat explique que la lutte contre le feu puise surtout dans les nappes superficielles, alors que l'eau potable vient majoritairement de nappes plus profondes. Sur le même thème, nous évoquions les déficits de la nappe à Talence autour du captage de Lavardens.

L'après-incendie pose d'autres questions. Les produits retardant largués contiennent des phosphates ou des polyphosphates d'ammonium, qui peuvent favoriser une prolifération d'algues s'ils atteignent les milieux aquatiques. Les largages ont été faits de façon à éviter rivières, lacs et zones humides, mais ces milieux « restent à surveiller ».

Le syndicat avance aussi un risque inverse de la sécheresse. Un pin adulte évapotranspire, c'est-à-dire rejette dans l'air, entre 550 et 800 mm d'eau par an, pour 900 mm de pluie annuelle en moyenne. Avec la disparition de millions d'arbres, la nappe devrait monter et davantage d'eau devrait ruisseler, d'où, selon le SMEGREG, un « risque élevé d'inondations dans les mois à venir ». Pour la situation des sinistrés, la préfecture a fait le point le 23 octobre : 189 ménages relogés.

L'irrigation des vignes, un débat que les chiffres tranchent

La sécheresse relance aussi la discussion sur l'irrigation des vignes du Bordelais, dans un secteur déjà frappé par une crise économique et l'arrachage de nombreuses parcelles. Sollicité par l'AFP, le SMEGREG a chiffré une hypothèse d'irrigation généralisée : 86 000 hectares à 1 500 m³ par hectare et par an (150 mm), soit 129 millions de m³ par an. C'est environ 17 % de plus que les quelque 110 millions de m³ prélevés chaque année pour l'eau potable de 1,7 million d'habitants.

Le syndicat ajoute que de tels volumes ne sont pas disponibles dans les nappes profondes des territoires viticoles, et que les ressources de surface subissent déjà les effets du climat. Certains producteurs ont envisagé l'irrigation pour les jeunes vignes ou les sols qui retiennent peu l'eau. Du côté agricole, la Chambre d'agriculture avait demandé fin août un allègement fiscal, avec des pertes de 20 à 80 % selon les cultures.

Le détail des mesures par bassin est consultable sur le site de la préfecture, ainsi que sur vigieau.gouv.fr.

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Sources

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