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Bordeaux d'hier — Des Chartrons au CAPC : comment les entrepôts du vin bordelais sont devenus patrimoine

De l'entrepôt à barriques au musée d'art contemporain, retour sur la mue des chais du XIXe siècle qui bordent encore le quai des Chartrons.

Rédaction L'Échoppe 33
12 septembre 2026 · 2 min de lecture
Station Chartrons du tramway de Bordeaux, Bordeaux.

Chabe01, CC BY-SA 4.0 — Wikimedia Commons

Sur le quai des Chartrons, les façades en pierre blonde s'alignent encore comme au temps où les tonneaux glissaient des cales des navires jusqu'aux celliers. Ces immeubles massifs, souvent hauts de trois ou quatre niveaux, n'étaient pas conçus pour loger des familles mais pour empiler des barriques : le rez-de-chaussée épais, aveugle ou presque, servait de chai frais et sombre, tandis que les étages supérieurs abritaient bureaux et logements de négociants.

Le quartier s'était constitué dès le XIVe siècle autour d'une abbaye de Chartreux, qui lui a donné son nom, avant que les grands travaux de l'intendant Tourny, au milieu du XVIIIe siècle, ne le rattachent pleinement à la ville. Mais c'est au XIXe siècle que le modèle architectural du chai bordelais s'est véritablement stabilisé. Selon les travaux publiés dans la revue In Situ du ministère de la Culture, un système dit « médocain » s'est imposé à partir des années 1840 : un cellier au rez-de-chaussée, maintenu frais et hermétique, et un plancher de bois à l'étage pour la réception des vendanges. Des architectes comme Louis Michel Garros ou Ernest Minvielle ont diffusé ce modèle auprès des grandes propriétés, relayés par des ouvrages comme le célèbre Bordeaux et ses vins de Charles Cocks, publié en 1868, référence du négoce encore rééditée aujourd'hui.

À la même époque, sur les quais eux-mêmes, un autre type de bâtiment racontait une histoire différente : celle du commerce colonial. L'Entrepôt Lainé, construit entre 1822 et 1824 par l'ingénieur Claude Deschamps à la demande de la Chambre de commerce, servait à stocker sous douane sucre, café, cacao et coton en provenance des colonies avant réexpédition vers le nord de l'Europe. Le projet avait été porté dès 1820 par le négociant et armateur Pierre Balguerie-Stuttenberg. L'édifice, qui couvrait près de 6 700 mètres carrés, a été inscrit au titre des monuments historiques le 25 janvier 1973, sauvé d'une démolition programmée grâce à la mobilisation d'Anne Claverie et Nicole Schÿler, appuyées par le maire de l'époque, Jacques Chaban-Delmas.

Ce même bâtiment est devenu, à partir de 1975, le Centre d'arts plastiques contemporains de Bordeaux, érigé en musée municipal en 1984. Sa restauration, confiée aux architectes Valode et Pistre avec un aménagement intérieur signé Andrée Putman, s'est achevée en 1990. Un espace mémoriel évoquant le travail servile lié à ces marchandises coloniales, jusqu'à l'abolition de l'esclavage en 1848, a été annoncé en 2024.

Ailleurs dans les Chartrons, la reconversion a suivi une trajectoire plus discrète : dès les années 1980, d'anciens chais se sont transformés en ateliers d'artistes, galeries et lofts. Le Musée du Vin et du Négoce, ouvert le 26 juin 2008, occupe lui un ancien cellier datant du début du XVIIIe siècle.

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