Place de la Bourse, 14 h : 15 500 manifestants dans un centre-ville où manifester était interdit
Malgré l'arrêté confirmé par le tribunal administratif, la préfecture compte 15 500 manifestants, 44 interpellations et 8 commerces touchés.

Coyau, CC BY-SA 3.0 · Wikimedia Commons
À 14 heures, samedi 24 octobre, la place de la Bourse s'est remplie. C'est le point de départ que les syndicats avaient déclaré, au cœur du périmètre où la préfète de la Gironde, Sophie Brocas, avait interdit toute manifestation. Elle a compté environ 15 500 personnes ce jour-là. Le cortège est parti dans le calme, puis la journée a tourné aux affrontements, en fin de parcours.
Vu sur les réseaux
Foule nombreuse et pacifique au départ de Bordeaux, 10000 pers. et ça continue à s'agréger. Aucune présence policière visible, ça aide à démarrer sereinement derrière les syndicats. #Bordeaux #24octobre
Malheureusement vrai
Un arrêté confirmé quelques heures avant le départ
L'arrêté a été pris le vendredi 23 octobre. Selon Rue89 Bordeaux, il couvre une vaste zone du centre-ville, avec tous les quais et des secteurs au nord des Quinconces et au sud du cours Victor-Hugo, jusqu'à la gare. La préfète dit que cette zone représente « 7 % du territoire » de la ville. Comme nous l'écrivions le 24 octobre, l'interdiction court du samedi 8 h au dimanche 8 h.
La préfecture l'explique par les vols et les dégradations du samedi 17 octobre. Ce jour-là, d'après Sud Radio, une mobilisation contre la « vie chère » avait dégénéré. Des commerces avaient été pillés, dont les Galeries Lafayette, Decathlon et l'Apple Store. La résidence de la préfète avait été saccagée, et le RAID, unité d'élite de la police, avait été déclenché. La préfecture comptait 23 blessés, dont 15 membres des forces de sécurité, et 55 interpellations.
La mesure a été prise à la demande du maire, Thomas Cazenave, et de commerçants, selon Rue89 Bordeaux. La préfecture veut aussi éviter que des manifestants pacifiques servent de couverture à des éléments violents. Le couvre-feu des mineurs a été avancé à 20 h au lieu de 22 h le samedi.
La FSU, Force ouvrière, l'union départementale CGT, le Syndicat des avocats de France et la Ligue des droits de l'Homme ont demandé au tribunal administratif de suspendre l'arrêté. Le juge des référés a rejeté la demande à l'issue d'une audience tenue le matin même. D'après le communiqué de la préfecture, il a estimé la mesure « nécessaire, adaptée et proportionnée » aux risques de rassemblements.
Les syndicats contestaient aussi le fond. Stéphane Obé (CGT) parlait, avant la décision, d'une « inquiétante dérive sécuritaire », rapporte Rue89 Bordeaux. Les organisations attribuent les incidents du 17 octobre au gazage de manifestants pacifiques place de la Bourse, où le rassemblement était déclaré et autorisé. Selon la préfète, la manifestation du 24 octobre était interdite notamment parce qu'elle n'avait pas été déclarée trois jours à l'avance, et aucun itinéraire alternatif n'a été trouvé avec les services de l'État.
Ce que disent les chiffres de 20 heures
Le communiqué de la préfecture, diffusé à 20 h, décrit deux temps. Les quelque 15 500 manifestants ont d'abord défilé « dans le calme » du cours Victor-Hugo à la place de la République, puis par le cours d'Albret, la place Gambetta, le cours Clemenceau et les Quinconces, avant de revenir place de la Bourse. Le député Loïc Prud'homme décrivait sur Bluesky, au départ, une « foule nombreuse et pacifique », avec 10 000 personnes « et ça continue à s'agréger ». Il notait aussi : « Aucune présence policière visible, ça aide à démarrer sereinement derrière les syndicats. » Les deux chiffres ne se contredisent pas : l'un est un décompte du départ, l'autre celui de la préfecture pour l'ensemble du rassemblement.
La préfecture situe ensuite les incidents. Des groupes violents se seraient détachés du cortège au niveau du cours de l'Intendance pour affronter les forces de l'ordre à hauteur de la place Gambetta. D'autres heurts se sont longuement déroulés place de la Bourse. Selon elle, des individus ont tenté d'entrer dans les locaux de la CCI et du musée de la Douane. Ils ont tiré des projectiles et des mortiers, élevé des barricades et brûlé des poubelles. France 3 Nouvelle-Aquitaine décrit aussi des pavés lancés, une barricade de planches et des gaz lacrymogènes. Le média évoque en outre des groupes partis vers la place de la Victoire, où des poubelles auraient brûlé sur les voies du tramway.
Le bilan provisoire de la préfecture fait état de :
- 2 blessés parmi les forces de l'ordre et 1 parmi les manifestants ;
- 44 interpellations, notamment pour transport d'effets dangereux, attroupement en vue de commettre des délits ou jets de projectiles ;
- 8 commerces touchés (dégradations, pillages).
Des contrôles menés dès le matin auprès d'une trentaine de personnes avaient permis de saisir un pistolet à billes métalliques, un lance-pierre et des masques à gaz.
Le dispositif avait été renforcé par rapport à la semaine précédente : une unité de projection rapide dédiée aux violences urbaines, des gendarmes en renfort, un engin lanceur d'eau, des blindés de la gendarmerie, le RAID, la brigade de recherche et d'intervention (BRI) et des moyens aériens. Les chiffres des deux samedis ne se comparent qu'avec prudence. Le 17 octobre, la préfecture a recensé 55 interpellations et 23 blessés, dont 15 parmi les forces de sécurité. Le 24, elle en compte 44 et 3 blessés à 20 h, avec un bilan encore provisoire.
Organiser une manifestation interdite est un délit passible de six mois d'emprisonnement et de 7 500 € d'amende, rappelle la préfecture, qui fixe à 135 € l'amende forfaitaire pour les participants. À 20 h, selon son communiqué, des opérations de police étaient encore en cours dans le centre-ville.
Sources
Communiqués de presse (email)
Le tribunal administratif de Bordeaux confirme l’arrêté préfectoral interdisant les manifestations dans l’hypercentre-ville
Communiqués de presse (email)
Journée de mobilisation à Bordeaux le 24 octobre 2026 : point à 20 h 00
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