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Bordeaux interdit de manifestation une partie de son centre, une semaine après le saccage du 17 octobre

Du samedi 8 h au dimanche 8 h, manifester est interdit sur une large partie du centre.

· 5 min de lecture
La façade de la place de la Bourse à Bordeaux, vue depuis la Garonne, avec les quais en contrebas.

Coyau, CC BY-SA 3.0 · Wikimedia Commons

Rentrer les poubelles, les vélos et le matériel de terrasse dès samedi matin. C'est la consigne que la Ville de Bordeaux adresse aux habitants et aux commerçants du centre, avec des corbeilles de rue vidées, des barrières de chantier retirées et des vélos et trottinettes en libre-service déplacés. Tout ce qui pourrait servir de projectile ou de combustible est ôté de la rue. Du samedi 24 octobre à 8 h au dimanche 25 octobre à 8 h, la préfète de la Gironde, Sophie Brocas, interdit en outre toute manifestation et tout regroupement dans une large partie du centre-ville. L'amende prévue est de 135 euros.

L'arrêté répond à ce que la préfecture appelle des « appels au pillage et à la casse » signalés pour ce samedi. Il vise aussi à prévenir une répétition des violences « qui ont sévèrement touché la ville de Bordeaux le samedi 17 octobre dernier ».

Qu'est-ce qui a changé depuis le 17 octobre ?

Ce jour-là, la manifestation contre la vie chère avait réuni 7 000 personnes selon la préfecture, 100 000 selon la CGT pour la Gironde, d'après le bilan rapporté par la radio ICI. Peu après 14 h, les forces de l'ordre ont tiré des gaz lacrymogènes place de la Bourse. En fin de cortège, un groupe a attaqué une agence bancaire et des vitrines, et des magasins ont été pillés, notamment rue Sainte-Catherine. La résidence préfectorale a été saccagée, en l'absence de la préfète, et le RAID est intervenu.

Le bilan provisoire de la préfecture, rapporté le soir même, faisait état de 23 blessés, dont 15 parmi les forces de sécurité et 8 parmi les manifestants, et de 55 interpellations. Le nombre de commerces touchés varie selon les sources. Aquitaine Online évoque entre 50 et 100 magasins pillés ou saccagés. La Ville indique, elle, avoir sécurisé les vitrines de plus de quarante commerces pour permettre leur réouverture rapide.

La réponse de l'État s'est durcie par étapes. Dès jeudi 22 octobre, un arrêté autorisait la police nationale à capter et transmettre des images de 12 h à 20 h sur un périmètre allant du quai Richelieu à la rue de Pessac. Comme nous l'écrivions le 20 octobre, un couvre-feu pour les mineurs non accompagnés avait déjà été instauré jusqu'au 26 octobre dans six secteurs du centre. Il est désormais renforcé à partir de 20 h du vendredi 23 au lundi 26 octobre, avec une amende de 375 euros. Selon Bordeaux Gazette, l'horaire était auparavant fixé à 22 h.

Le dispositif annoncé pour samedi est plus lourd que celui de la semaine précédente, que la préfecture dit vouloir rendre plus « agile » et plus rapide. Il comprend :

  • une unité de projection rapide contre les violences urbaines ;
  • des renforts de gendarmerie ;
  • un engin lanceur d'eau et des véhicules blindés de la gendarmerie ;
  • le RAID et la brigade de recherche et d'intervention ;
  • des moyens aériens, et des drones autorisés pour les forces de l'ordre de 8 h samedi à 4 h dimanche.

Le port d'armes, de carburants, de feux d'artifice et d'équipements de protection destinés à gêner les forces de l'ordre est interdit sur toute la commune. Des contrôles sont prévus dès le matin sur les axes routiers et dans les gares. Le parquet de Bordeaux a renforcé ses équipes, comme la police judiciaire, pour traiter vite les interpellations. Les effectifs engagés ne sont pas chiffrés dans le communiqué.

Qui a demandé ce périmètre, et qui le conteste ?

Selon Rue89 Bordeaux, la préfète a agi à la demande du maire, Thomas Cazenave, et de commerçants. Le périmètre couvre tous les quais, les secteurs au nord des Quinconces et au sud du cours Victor-Hugo jusqu'à la gare, soit « 7 % du territoire » selon elle. Selon Bordeaux Gazette, la zone va aussi de Mériadeck à Pey-Berland et à la Victoire.

Le maire a écrit : « Oui au droit de manifester, qui doit être pleinement garanti. Non à la répétition des scènes de dégradation et de pillages dans le centre de Bordeaux. » La préfète affirme de son côté que « le droit de manifester peut s'organiser sur d'autres lieux que l'hypercentre ».

L'intersyndicale CGT, FO et FSU avait déclaré vendredi 23 octobre un parcours partant à 14 h de la place de la Bourse, par le cours Victor-Hugo et le cours Albret. Selon Rue89 Bordeaux, la préfecture invoque une déclaration tardive, alors qu'elle doit être déposée trois jours avant, et l'absence d'accord sur un autre itinéraire. Les syndicats ont saisi le tribunal administratif en référé, une procédure d'urgence, avec le soutien du Syndicat des avocats de France. Selon France 3 Nouvelle-Aquitaine, le juge devait se prononcer à 11 h samedi.

Selon la radio ICI, la CGT, par la voix de Stéphane Obé, a dénoncé une « dérive liberticide » : « Interdire n'a jamais calmé la colère, interdire n'a jamais rempli les frigos ». Catherine Dudès (FSU) estime qu'un défilé encadré est plus sûr que des rassemblements spontanés. La CFDT et l'UNSA ont retiré leur appel. Selon le direct de France 3, la mobilisation syndicale à Bordeaux a été suspendue après l'interdiction.

Que devient le centre-ville pendant vingt-quatre heures ?

La Ville a fermé par précaution le musée et la galerie des Beaux-Arts ainsi que l'hôtel de Ragueneau. Certains marchés pourront avancer leur heure de fermeture. La police municipale protégera les bâtiments municipaux, la sécurité des personnes relevant de l'État, et la cellule de crise de la Mairie sera activée en lien avec la préfecture. Les perturbations sont possibles sur le réseau TBM, dont les informations en temps réel se trouvent sur infotbm.com.

Les commerçants ne s'organisent pas tous de la même façon. Selon la radio ICI, des boutiques de la rue Sainte-Catherine posent des panneaux de bois, une librairie de la rue Saint-Loup ferme, d'autres n'ouvrent que le matin. La boutique des quais de l'UBB reste fermée samedi et rouvre dimanche à 10 h. Sandy Hébert, coprésidente de l'association Bordeaux mon commerce, dit que les commerçants soutiennent le droit de manifester, mais pas devant leurs vitrines, et doute que l'interdiction empêche tout rassemblement.

Le match des Girondins contre le Stade Montois, prévu samedi, est reporté à dimanche 25 octobre à 15 h au Stade Atlantique, selon Bordeaux Gazette. Les billets restent valables.

Les arrêtés sont consultables dans le recueil des actes administratifs de la préfecture, sur gironde.gouv.fr.

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Sources

  • Communiqués de presse (email)

    AUJOURD'HUI : Présentation du dispositif de sécurisation pour la journée de mobilisation du samedi 24 octobre à Bordeaux

  • Communiqués de presse (email)

    Journée de mobilisation du samedi 24 octobre en Gironde : la préfète prend des mesures de prévention et de protection

  • Mairie de Bordeaux

    Journée du 24 octobre : la Ville de Bordeaux appelle à la vigilance
  • Communiqués de presse (email)

    Arrêté autorisant la captation, l’enregistrement et la transmission d’images ce 22 octobre 2026 à Bordeaux

  • Union Bordeaux Bègles (rugby)

    Fermeture exceptionnelle de l'UBB Store

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