Bordeaux Centre — Environnement
Après un été à 40°C sept fois, Bordeaux se dote d'une stratégie d'adaptation climatique
Après un été record à 40°C sept fois et l'incendie de Saumos, Bordeaux dévoile son plan climat, sans en chiffrer le coût global.
Marc Ryckaert (MJJR), CC BY-SA 3.0 — Wikimedia Commons
Jeudi 10 septembre, les jardins de l'Hôtel de Ville ont accueilli une conférence de rentrée pas tout à fait comme les autres. Trois mois plus tôt, la même place de la Comédie que la mairie aime montrer animée de terrasses tournait au ralenti sous une chaleur qui a fait plier la ville sept fois au-dessus des 40°C entre juin et août. Sept dépassements en une saison, quand la station bordelaise n'en avait connu que quelques-uns cumulés sur toute la période 1921-2025. Face à ce constat, le maire Thomas Cazenave a lâché une phrase rare dans la bouche d'un exécutif municipal : « Nous avons observé cet été que Bordeaux n'était pas prête au dérèglement climatique. »
De cet aveu découle « Bordeaux s'adapte », une stratégie bâtie autour de trois axes : anticiper et sensibiliser, protéger les habitants, rendre la ville habitable en toutes circonstances. Elle doit se traduire concrètement par un Centre de supervision climatique chargé de cartographier îlots de chaleur, risques d'inondation et tension sur la ressource en eau, par la création de lieux refuges dans des bâtiments publics et privés recensés à cet effet, et par un maillage de points de fraîcheur que la Ville promet à moins de 300 mètres de chaque logement, à une échéance non précisée.
Ce que l'été a mis à nu, chiffres à l'appui
La dernière vague de chaleur, du 28 juillet au 19 août, a duré 23 jours, une longueur qui égale la canicule de juillet 1983, longtemps la plus longue jamais enregistrée en France, avec une intensité supérieure. Au niveau national, l'été 2026 devient le plus chaud depuis le début des mesures en 1900, avec une anomalie de 3,6°C par rapport aux normales, contre 2,7°C lors du record précédent de 2003.
À cette chaleur s'est ajouté, du 22 au 31 juillet, l'incendie de Saumos, qui a parcouru 42 000 hectares au nord du bassin d'Arcachon, soit le double des 21 000 hectares brûlés à Landiras et La Teste en 2022, épisode qui avait déjà marqué les esprits. Plus de 224 000 personnes ont été évacuées préventivement selon la préfecture de Gironde, dont plusieurs milliers accueillis au Parc des Expositions de Bordeaux Lac, comme nous l'écrivions le 25 juillet. C'est là qu'a été testée grandeur nature la Réserve citoyenne métropolitaine, créée en 2023 après les feux de 2022 : 110 bénévoles à l'origine, 200 aujourd'hui, bientôt 300 cet automne après 150 candidatures spontanées reçues au lendemain de l'été. Six réservistes avaient répondu présents dès 4 heures du matin, la nuit du départ de feu.
Dans les écoles, jugées par la Ville elle-même mal préparées aux fortes chaleurs, 430 sondes ont été installées cet été pour mesurer température, humidité et CO2 dans les salles de classe. Quarante établissements sont ciblés en priorité pour des espaces refuges, des protections solaires et des brasseurs d'air, avant un élargissement du dispositif de mise en sûreté à l'ensemble des 119 écoles maternelles et élémentaires de la commune.
Ce que le plan ne dit pas encore
Le dossier présenté jeudi égrène des engagements précis et des échéances datées, mais ne chiffre à aucun moment le coût global de la stratégie, alors que Thomas Cazenave a lui-même fait de la contrainte budgétaire de la Ville un argument constant depuis son élection. Aucun montant global n'accompagne donc l'annonce, seulement des opérations déjà engagées ou programmées au fil de l'eau.
L'opposition écologiste au conseil municipal a par ailleurs contesté le récit d'une rupture avec le mandat précédent, relevant qu'une partie des dispositifs présentés, accès à l'eau, recensement des lieux refuges, accompagnement des personnes vulnérables, adaptation des bâtiments publics, avait déjà été engagée sous Pierre Hurmic. La nouveauté revendiquée par la majorité actuelle porte surtout sur l'adaptation thermique immédiate des bâtiments et le déploiement de l'ombrage, un terrain sur lequel l'ancienne municipalité avait effectivement moins investi, la priorité ayant longtemps été donnée à la plantation d'arbres, avec un objectif de 14 000 arbres supplémentaires sous le mandat Hurmic dont la pousse, plus lente que les canicules, tarde encore à produire de l'ombre utile.
Côté social, la Ville avance un autre chiffre pour justifier l'urgence : 56% des logements bordelais sont occupés par une personne seule, une proportion qui rend plus difficile le repérage des habitants isolés en cas de canicule et justifie, selon la municipalité, le renforcement des réseaux d'entraide de quartier annoncé dans le plan.
Le Plan Particulier de Mise en Sûreté canicule, déjà appliqué dans les 40 écoles prioritaires, doit être étendu à l'ensemble des 119 écoles maternelles et élémentaires de Bordeaux d'ici la fin de l'année 2026.
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