En Gironde, dix-sept agriculteurs testent le chanvre face à la sécheresse
Dix-sept agriculteurs girondins ont semé 34 hectares de chanvre cette année pour tester sa résistance à la sécheresse, sans usine de transformation locale.
Olybrius, Public domain — Wikimedia Commons
Trente-quatre hectares, dix-sept exploitations, un seul été particulièrement sec pour départager les méthodes. Dans le Grand Libournais et l'Entre-deux-Mers, une poignée d'agriculteurs girondins a parié cette année sur une culture qui reste, pour l'instant, marginale dans le département : le chanvre. Le 3 septembre, à Civrac-sur-Dordogne, ils se retrouvent pour tirer un premier bilan technique de leurs parcelles, à l'invitation de la Chambre d'agriculture de la Gironde et de l'Association Chanvre du Libournais.
Le principe de l'opération tient de l'essai grandeur nature. Chaque exploitant a fait ses propres choix, semis enterré ou en surface, avec ou sans irrigation, dates de mise en terre échelonnées, de façon à comparer sur le terrain ce qui fonctionne réellement en sol girondin. Un dispositif inhabituel pour une culture dont la région ne maîtrise encore ni les itinéraires techniques ni, surtout, les débouchés locaux.
Une résistance à la sécheresse encore à confirmer par les rendements
Les tournées de parcelles menées avant la rencontre du 3 septembre livrent un premier constat encourageant pour la Chambre d'agriculture : malgré une campagne 2026 marquée par le manque d'eau, le chanvre semble avoir plutôt bien tenu. L'argument n'est pas anodin dans un vignoble et des grandes cultures girondines de plus en plus confrontés aux restrictions d'irrigation. Mais l'organisme reste prudent et prévient que ce constat visuel devra être confirmé par les rendements effectivement récoltés sur chaque parcelle, seule donnée qui permettra de comparer objectivement les itinéraires testés.
Cette expérimentation ne part pas de rien. L'Association Chanvre du Libournais a été fondée en 2024 par des exploitants qui ne se connaissaient pas forcément entre eux, avec l'idée de mutualiser expériences et matériel plutôt que de tâtonner chacun de son côté. Un an plus tard, le 11 septembre 2025, elle organisait à Chamadelle une première journée de récolte, mettant en avant la moissonneuse-batteuse acquise collectivement. Le test 2026, avec ses 34 hectares répartis chez dix-sept producteurs, marque un changement d'échelle par rapport à ces débuts.
À l'échelle régionale, la Gironde reste toutefois un tout petit acteur. Selon les données de la structure de filière Chanvre Nouvelle-Aquitaine, les surfaces cultivées par les membres du réseau régional atteignaient 396 hectares en 2025, répartis entre cinq départements, Gironde, Landes, Deux-Sèvres, Charente et Charente-Maritime. La Nouvelle-Aquitaine ne pèse ainsi qu'environ 3 % des surfaces françaises de chanvre, faute d'unité industrielle de transformation sur son sol, contrairement à des bassins historiques comme les Pays de la Loire. À l'échelle nationale, le contraste est net : selon le syndicat interprofessionnel Interchanvre, la France comptait 21 700 hectares cultivés par 1 278 producteurs en 2022, contre moins de 12 000 hectares dix ans plus tôt, en 2012. Le pays revendique aujourd'hui la première place européenne pour cette culture, loin devant tous ses voisins.
Ce que la filière girondine attend encore de construire
Le test technique n'est qu'une étape. Le chanvre impose une contrainte agronomique forte, celle de la rotation : il ne peut revenir sur la même parcelle que tous les cinq ou six ans, ce qui oblige les exploitants à l'intégrer dans un assolement pensé sur le temps long plutôt qu'en culture isolée. La Chambre d'agriculture et l'association identifient trois chantiers pour la suite : accompagner de nouveaux producteurs et mutualiser les équipements, définir les cultures de rotation les plus adaptées, et surtout faire émerger une chanvrière locale, l'outil de transformation de la graine et de la fibre qui manque aujourd'hui pour donner un débouché industriel à la production girondine plutôt que de l'expédier vers d'autres régions.
Ce maillon manquant conditionne l'intérêt économique de la culture. Le chanvre alimente en effet des marchés porteurs, isolant biosourcé pour le bâtiment, alimentation, cosmétique, mais sans unité de transformation à proximité, les producteurs restent dépendants de débouchés lointains et de marges réduites par le transport. Sur le seul segment du bâtiment, les panneaux isolants en fibre de chanvre se négocient aujourd'hui entre 25 et 30 euros le mètre carré, un matériau porté par les nouvelles exigences carbone de la réglementation environnementale RE2020, mais qui suppose une filière structurée pour être compétitif localement.
Aucune opposition publique à ces expérimentations ne s'est exprimée à ce stade, le chanvre industriel cultivé en France répondant à un cadre réglementaire strict qui exclut tout usage stupéfiant. La journée du 3 septembre à Civrac-sur-Dordogne, qui débute à 14h30, reste ouverte à tout agriculteur intéressé par la culture, au-delà des dix-sept exploitants déjà engagés dans le test 2026.
Sources
Chambre d'agriculture de la Gironde — actualités
Le chanvre en Gironde passe son premier test
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