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Incendies en Gironde : six semaines après, la facture économique et les assurances au cœur des tensions

Après un mégafeu record en Gironde, 40 000 entreprises et les sinistrés du Porge attendent encore aides publiques et indemnisations d'assurance.

Rédaction L'Échoppe 33
5 septembre 2026 · 3 min de lecture
A plane flying over a forest covered in fog

Photo by Julien Goettelmann on Unsplash

ÉvénementComplexe sportif multiactivités de la Morlette, CenonVoir l'agenda →

Six semaines après les premières flammes à Saumos, ce ne sont plus les tentes du parc des expositions qui centralisent l'urgence, mais un formulaire en ligne. Depuis le 2 septembre, Bordeaux Métropole invite les entreprises encore fragilisées par les incendies de juillet à signaler leur situation : locaux inaccessibles, activité interrompue, salariés sinistrés, pertes d'exploitation. Un numéro unique (05 56 99 88 77) et une adresse mail complètent le dispositif. La crise a changé de forme, elle n'a pas disparu.

Le mégafeu parti de Saumos le 22 juillet a brûlé un peu plus de 47 000 hectares de forêt landaise en Gironde selon le dernier bilan arrêté à la mi-août, contre 42 000 hectares évoqués dans les premiers jours. Il faut remonter à l'incendie de 1949, dans le même massif, et ses 52 000 hectares partis en fumée et 82 morts, pour trouver pire en plus de soixante-quinze ans. Cet été n'a fait aucune victime civile, mais plus de 200 sapeurs-pompiers ont été blessés selon la Ville de Cenon, et 220 000 personnes ont été évacuées en Gironde, la plus importante évacuation que le département ait connue depuis la Seconde Guerre mondiale. Six communes de la métropole bordelaise, Saint-Médard-en-Jalles, Martignas-sur-Jalle, Saint-Aubin-de-Médoc, Le Haillan, Eysines et Mérignac extra-rocade, ont été vidées de leurs habitants entre le 25 et le 30 juillet.

Ce que le formulaire de Bordeaux Métropole cherche à mesurer, six semaines après

Ce nouvel appel ne concerne plus l'urgence immédiate, déjà traitée dans les premières semaines : ouverture du parc des expositions dès 5 heures du matin le 23 juillet, jusqu'à 6 000 personnes hébergées au plus fort de la crise, 500 bénévoles mobilisés sur place le 25 juillet. Ce que la Métropole veut désormais mesurer, c'est un dommage plus diffus, celui qui continue de peser sur l'activité longtemps après que le feu a été maîtrisé.

Le 27 juillet déjà, alors que 13 000 entreprises avaient dû cesser leur activité en Gironde, Thomas Cazenave, président de Bordeaux Métropole et maire de Bordeaux, s'entretenait avec le ministre de l'Économie Roland Lescure pour évoquer les mesures à prendre. Un mois plus tard, l'addition s'est précisée à l'échelle du département : environ 40 000 entreprises touchées directement ou indirectement, pour près de 200 000 emplois concernés, et environ 130 000 salariés placés dans l'incapacité de travailler selon le ministère de l'Économie. Le 17 août, en déplacement en Gironde, le Premier ministre Sébastien Lecornu a annoncé plus de 100 millions d'euros d'aides publiques : exonération de cotisations sociales pendant trois mois, dégrèvement des taxes foncières et de cotisation foncière des entreprises pour les locaux détruits, report des échéances fiscales. Un décret entré en vigueur le 15 août ouvre en parallèle une aide exceptionnelle aux TPE et PME de moins de 250 salariés, pour couvrir l'écart entre l'allocation d'activité partielle et l'indemnité versée aux salariés.

Pourquoi l'obstacle n'est plus le feu, mais l'assurance

Cent millions d'euros d'argent public, c'est une somme qui ne couvre que l'amorçage. Le poids principal de la reconstruction repose sur les assurances : les professionnels du secteur évaluent désormais à environ 500 millions d'euros le montant des indemnisations à verser à quelque 25 000 sinistrés des incendies de l'été, en Gironde comme dans les Landes. Au Porge, commune de 3 500 habitants où 183 des 240 maisons détruites en Gironde sont parties en fumée, cette évaluation avance lentement. Des sinistrés contestent les coefficients de vétusté appliqués à leurs biens, jugés trop élevés pour permettre une reconstruction à l'identique, et certains ont refusé de signer les premiers rapports d'expertise, estimés trop éloignés de la réalité de leurs pertes. Les restaurateurs du secteur du Porge-Océan réclament de leur côté la reconnaissance de leurs pertes d'exploitation liées aux fermetures forcées de l'été, une demande qui, à ce stade, n'a pas trouvé de réponse publique de l'État ni des assureurs. Aucune association de sinistrés n'a pour l'instant engagé de recours collectif, mais la multiplication des dossiers ouverts simultanément, plusieurs milliers rien qu'au Porge, ralentit mécaniquement les expertises : un bâtiment entièrement détruit peut demander plusieurs mois avant un chiffrage définitif.

Dans ce paysage où l'aide publique et les indemnisations d'assurance avancent à des rythmes différents, la solidarité de proximité continue de son côté. À Cenon, la mairie a ouvert une cagnotte en ligne au profit de l'Amicale des sapeurs-pompiers de Bordeaux-Bastide et des sinistrés du Porge, doublée d'un loto solidaire organisé le vendredi 18 septembre à partir de 19 heures au complexe sportif multiactivités de la Morlette, entrée libre et cartons payants. La cagnotte cenonnaise reste ouverte jusqu'au 27 septembre.

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