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Reconstruction après Saumos : 300 000 euros mobilisés par l'État, 10 millions encore à répartir

La préfète mobilise 300 000 euros pour les communes sinistrées, tandis que la répartition des 10 millions de l'État reste à arrêter.

· 4 min de lecture
Façade d'une mairie en pierre blanche à toit d'ardoise, drapeaux français et européen devant l'entrée, parking au premier plan

Henry SALOMÉ, CC BY-SA 4.0 · Wikimedia Commons

Le vendredi 18 septembre, 550 personnes se sont retrouvées à Cenon pour un loto dont chaque euro devait partir vers Le Porge et vers l'Amicale des sapeurs-pompiers de Bordeaux-Bastide. Recette : 7 577 euros. Vingt jours plus tard, le 8 octobre, la préfecture de la Gironde annonçait sa propre « première enveloppe » pour les communes sinistrées par l'incendie de Saumos : 300 000 euros. Entre les deux, une même urgence, mais pas la même échelle.

Sept semaines après l'annonce, où en sont les 10 millions ?

Le communiqué du 8 octobre précise l'usage de ces 300 000 euros. La préfète de région Sophie Brocas les puise dans la dotation d'équipement des territoires ruraux (DETR), une aide de l'État aux investissements des communes. Elle doit financer, « à hauteur de 80 à 100 % », la réfection d'une mairie, la création d'un local sportif ou la remise en état de bâtiments communaux. Les « premiers projets sont là », indique la préfecture, sans dire quelles communes sont concernées ni pour quels montants.

Le chiffre avait déjà circulé. Le 5 août, selon l'agence suisse Bluewin, la préfecture avait présenté 300 000 euros comme une première enveloppe pour des « travaux urgents ». Elle y avait aussi installé un comité de pilotage de la reconstruction. Le 8 octobre, la somme revient, cette fois fléchée sur les investissements prioritaires. Rien dans le communiqué n'indique s'il s'agit de la même somme ou d'un nouveau versement.

Le gros de l'effort est ailleurs. Le 17 août, à Mérignac, le Premier ministre Sébastien Lecornu avait annoncé 12 millions d'euros pour les collectivités des deux départements touchés, selon Localtis, le média de la Banque des Territoires : 10 millions pour la Gironde (15 communes) et 2 millions pour les Landes (3 communes). La somme était présentée comme « disponible immédiatement » et confiée à la préfète de région. Or, au 8 octobre, soit plus de sept semaines plus tard, la préfecture écrit qu'« un travail est actuellement engagé avec les collectivités afin de répartir » les 10 millions « en fonction des projets prioritaires identifiés ». Les 300 000 euros de la DETR représentent 3 % de cette enveloppe.

À l'échelle des communes, la solidarité locale joue dans un autre registre. À Cenon, outre le loto, une cagnotte a rapporté 2 843 euros, partagés à parts égales entre l'Amicale des pompiers et la mairie du Porge. Le conseil municipal du 28 septembre a voté en plus une subvention exceptionnelle de 5 000 euros à la commune du Porge. Au total, ces trois opérations représentent 15 420 euros, soit environ 0,15 % des 10 millions de l'État. Le détail figure sur le site de la Ville, mis à jour le 7 octobre. Nous avions raconté la mobilisation cenonaise le 11 septembre.

Mérignac a pris la même voie. Le conseil municipal du 5 octobre, à 18 heures, avait à son ordre du jour le versement d'une subvention à l'Association des maires de Gironde au titre de l'« aide aux communes sinistrées lors des incendies ». L'ordre du jour ne mentionne pas le montant. Cette commune est aussi celle où ont été annoncées les mesures de l'État.

Reconstruire au Porge : ce que la loi n'autorise pas encore

L'argent n'est qu'un volet. Le second tient aux règles. Le 24 septembre, le ministre de la Ville Vincent Jeanbrun a fixé sur France 3 un objectif : reconstruire Le Porge en trois ans, « plus vite que Notre-Dame ». Dans cette commune, l'incendie parti de Saumos le 22 juillet a détruit 183 maisons et en a endommagé 400 autres, selon France 3. Le Département, dont nous annoncions la séance plénière exceptionnelle du 28 septembre, évoquait déjà cette reconstruction en centaines de millions d'euros.

Le ministre a promis plusieurs assouplissements : reconstruire une maison qui ne respecte plus le plan local d'urbanisme, à condition de garder le même gabarit à 5 % près, et supprimer certains recours, avec un gain annoncé de deux ans sur les procédures d'urbanisme. Ces dispositifs doivent être intégrés au futur projet de loi « Relance logement », attendu à l'Assemblée nationale « d'ici quelques mois » : ils ne sont donc pas encore en vigueur. Le délai d'un mois pour instruire les permis, promis par le Premier ministre, dépend du même texte, selon Localtis.

Une autre incertitude porte sur le terrain lui-même. Cinq experts mandatés depuis août classent les habitations en zone forestière en trois catégories : vertes (reconstruction possible), oranges (en débat) et rouges (inconstructibles), d'après France 3. Pour ces cas plus complexes, l'État attend sa doctrine « sous 3 mois » à compter de l'annonce du 17 août, soit vers novembre 2026, selon Localtis.

Ce calendrier pèse sur des sinistrés encore logés provisoirement. France 3 rapporte le cas de retraités qui vivent dans un mobil-home en attendant indemnisation et permis. À l'été, notre enquête du 5 septembre montrait déjà des entreprises et des sinistrés dans l'attente d'aides publiques et d'indemnités d'assurance.

Localtis relève par ailleurs que l'État prévoit d'autres outils : un décret allongeant à trois ans, contre un an, la durée des constructions temporaires de relogement, et un abondement de 5 millions d'euros du fonds d'aide au relogement d'urgence. Le référentiel national « habitat résistant au feu de forêt » est, lui, attendu en février 2027.

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