À Bègles, le réseau de chaleur alimenté par les poubelles de la métropole va chambouler le centre-ville pour un an et demi
À Bègles, la pose d'un réseau de chaleur nourri par l'incinération des déchets va perturber circulation, bus et commerces jusqu'en 2027.

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Dès lundi 21 septembre, des pelleteuses vont ouvrir les premières tranchées rue Calixte Camelle, à Bègles. D'ici la fin 2027, ce sont la rue des Quatre Castera, la place du 14 Juillet, la rue Gambetta et la place de la Liberté, soit l'un des axes les plus fréquentés de la commune, qui vont vivre au rythme des chantiers successifs. Sous le bitume, ce ne sont pas de simples canalisations d'eau ou de gaz qui seront posées, mais un réseau de chaleur urbain: de l'eau chauffée à distance, acheminée jusqu'aux bâtiments publics pour remplacer chaudières à gaz individuelles.
La mairie ne cache pas l'ampleur de la perturbation à venir. Les travaux se dérouleront en plusieurs phases imbriquées: interventions de Régaz sur le réseau de gaz du 21 septembre au 20 novembre 2026, en trois tronçons successifs (rue Calixte Camelle, puis rue Marcel Cachin, puis avenue du Maréchal de Lattre de Tassigny), suivies en novembre par des travaux sur l'eau potable pilotés par L'Eau de Bordeaux Métropole, prévus pour quatorze semaines. Le chantier du réseau de chaleur proprement dit démarrera lui aussi en novembre 2026, pour une durée annoncée de 44 semaines entre la rue des Quatre Castera et la rue Gambetta. Les lignes de bus 35 et 73 seront déviées à partir du 21 septembre et jusqu'au 4 juillet 2027 au moins, avec plusieurs arrêts reportés, et l'avenue Lucien Lerousseau remise à double sens pour absorber une partie du trafic reporté vers la place du 14 Juillet.
Pourquoi cette avenue et pas une autre
Le projet s'inscrit dans une logique bien plus large que le seul centre-ville béglais. Le réseau Bordeaux Bègles Énergies existe depuis 2016 et dessert déjà le centre de Bordeaux et la ZAC Saint-Jean Belcier, où il alimente notamment le quartier Euratlantique. Il puise plus de 90 % de sa chaleur dans l'incinération des déchets ménagers traités par l'Unité de valorisation énergétique de Bègles, une installation autorisée à traiter jusqu'à 273 000 tonnes de déchets par an et qui produit, en parallèle, l'équivalent électrique de la consommation d'une ville de 70 000 habitants. À l'échelle de ce réseau, 63 points de livraison recevaient 27,5 gigawattheures de chaleur en 2024, selon les données publiées sur France Chaleur Urbaine, la plateforme officielle adossée à l'Ademe. L'extension béglaise doit y ajouter 2,8 kilomètres de canalisations et onze équipements publics raccordés à terme: mairie, piscine, écoles Boileau, Vaillant-Couturier et Gambetta, gymnase Duhourquet, Maison du vélo, CCAS, bureau information seniors, Zone à partager et police municipale. Les bâtiments retenus sont ceux dont la consommation de gaz était la plus élevée et dont le raccordement était jugé techniquement et économiquement viable.
Cette extension s'inscrit elle-même dans un objectif métropolitain affiché: Bordeaux Métropole veut tripler la quantité d'énergie livrée par ses réseaux de chaleur, partant d'une base de 173 gigawattheures livrés en 2023, soit l'équivalent du chauffage d'environ 26 200 logements. Sept réseaux sont recensés ou en projet sur le territoire, de Hauts de Garonne Énergies à Bordeaux Aéroparc, et Bordeaux Bègles Énergies doit à terme desservir plus de 16 800 logements équivalents. Les travaux sont confiés à Mixéner, société qui associe Bordeaux Métropole Énergies, bras énergétique de la collectivité, et le groupe privé Idex, et qui exploite déjà quatre réseaux de chaleur sur la métropole.
Ce que la mairie ne dit pas encore aux commerçants
Sur le papier, l'argument économique tient. Selon les tarifs publiés sur France Chaleur Urbaine, le mégawattheure livré par le réseau Bordeaux Bègles Énergies coûte en moyenne 97 euros TTC, contre 87 euros pour la part résidentielle, un niveau que la municipalité présente comme un moyen de sortir les bâtiments publics des à-coups du marché du gaz plutôt que comme une garantie de baisse immédiate. Aucune association de commerçants ni collectif de riverains n'a pris position publiquement à ce stade sur le calendrier ou le tracé du chantier: la seule évaluation des nuisances rendue publique est celle de la mairie elle-même, qui reconnaît par avance «des nuisances» sur un axe qu'elle qualifie de structurant, sans détailler de dispositif de compensation pour les commerces concernés au-delà de cafés-chantiers et de lettres d'information à venir.
Les travaux sur le réseau de gaz doivent s'achever le 20 novembre 2026, juste avant le lancement, le même mois, du chantier du réseau de chaleur lui-même, programmé pour durer 44 semaines.
Sources
Mairie de Bègles
Le réseau de chaleur urbain : des travaux d'ampleur
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