Six mille logements au fioul, un label national : la métropole bordelaise mise sur l'électrification
Sélectionnée parmi 109 territoires, la métropole doit électrifier chauffage et transports d'ici 2030, en soutenant aussi deux réacteurs EPR2 contestés.

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Six mille foyers de la métropole bordelaise allument encore chaque hiver une chaudière au fioul, cette énergie que plus personne ne défend mais que peu ont les moyens de remplacer du jour au lendemain. C'est ce chiffre, entre autres, que Bordeaux Métropole met désormais en avant depuis sa sélection, officialisée le 14 septembre, parmi les territoires nationaux chargés d'accélérer la bascule vers l'électricité pour se chauffer, se déplacer et produire de l'énergie.
Le programme s'appelle "100 territoires d'électrification". Il en compte en réalité 109, la liste ayant gonflé au fil de l'instruction publiée par Matignon au printemps. Chaque région pouvait proposer entre cinq et quinze candidatures, communes ou intercommunalités confondues. Bordeaux Métropole avait déposé la sienne le 12 juin, lors des Assises européennes de la transition énergétique à Dijon, quelques semaines après le vote, en avril, de son projet de mandature "Une métropole à l'avant-garde des transitions écologiques et énergétiques". Le dispositif s'inscrit dans un plan gouvernemental plus large, présenté le 23 avril, qui vise à faire reculer la part des énergies fossiles dans la consommation française de 58 % à 40 % en 2030, puis 29 % en 2035, et décliné dans une campagne grand public, Électrifions la France.
Que change vraiment ce label pour les habitants ?
La sélection ne s'accompagne d'aucune enveloppe automatique. Le principe du programme est ailleurs : réunir sous une même feuille de route des politiques déjà engagées séparément, chauffage, recharge des véhicules, réseaux de chaleur et capacité du réseau électrique, avec des objectifs chiffrés et des jalons annuels. Les 109 territoires retenus doivent présenter cette feuille de route détaillée d'ici le 1er décembre, avant sa signature prévue début décembre.
Côté logement, la Métropole s'appuie sur le guichet Ma Rénov, qui a accompagné 5 000 ménages en 2025 dans des travaux de rénovation énergétique, et sur ses réseaux de chaleur urbains, qui ont livré 218 gigawattheures en 2024, dont 87 % issus d'énergies renouvelables ou de récupération comme la géothermie ou la biomasse. L'objectif affiché est de doubler cette capacité d'ici 2035. Sur les transports, le parc automobile métropolitain reste électrique à seulement 5 % aujourd'hui ; la collectivité vise le double d'ici 2030, en portant le nombre de bornes de recharge de 3 000 à 6 000. Des trajectoires volontaristes, mais qui partent d'un niveau encore modeste : à l'échelle nationale, le gestionnaire du réseau de transport RTE prévoit une consommation électrique de 618 térawattheures en 2035, contre 451 en 2025, et alerte sur le coût d'une électrification trop lente comme trop précipitée pour les finances publiques.
Le nucléaire, angle mort du satisfecit vert
La feuille de route métropolitaine ne se limite pas aux bornes de recharge et aux pompes à chaleur. Bordeaux Métropole y inscrit aussi son soutien à la candidature du site du Blayais pour accueillir deux réacteurs EPR2, la génération de réacteurs nucléaires appelée à succéder au parc actuel. Un comité stratégique coprésidé par le préfet de la Gironde et le président du conseil régional de Nouvelle-Aquitaine défend ce projet au nom des retombées économiques promises, jusqu'à 7 000 emplois selon ses estimations, dans un département où la filière viticole traverse une crise durable.
Cette partie du dossier ne fait pas consensus. L'association girondine Tchernoblaye milite au contraire pour la fermeture pure et simple de la centrale de Braud-et-Saint-Louis. Elle rappelle que le site, implanté dans l'estuaire de la Gironde, avait frôlé l'accident en 1999 lors de la tempête Martin, une inondation qui avait mis les installations en péril et conduit à envisager l'évacuation de Bordeaux. Le 26 avril dernier, pour les quarante ans de la catastrophe de Tchernobyl, l'association a manifesté sur le miroir d'eau, réclamant l'abandon du projet EPR2 plutôt que son financement. Aucune réponse publique de Bordeaux Métropole à ces arguments n'a été identifiée à ce stade.
La Métropole avait déjà décroché, avant cette sélection, le label national "Territoire engagé transition écologique" de l'Ademe au niveau maximal de cinq étoiles, une reconnaissance antérieure qui balisait le terrain de cette nouvelle candidature. La feuille de route doit être remise avant le 1er décembre.
Sources
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