Deux mois après le mégafeu, la Gironde teste sa résilience à table
Deux mois après le mégafeu de 42 000 ha en Gironde, le Département ouvre sa semaine annuelle de prévention des risques, cette fois consacrée à l'alimentation.

Photo by Joanne Francis on Unsplash
À Guillos, petite commune du sud girondin, la mairie accueillera le 11 octobre une présentation qui n'a rien d'anodin cette année : la deuxième édition du baromètre départemental sur la perception des risques. La veille de l'ouverture de la Semaine de la résilience, prévue du 12 au 18 octobre, ce sondage mesurera si les Girondins ont changé de regard sur les catastrophes naturelles depuis l'été. Il y a de bonnes raisons de le penser. Entre le 22 et le 27 juillet, un incendie parti de Saumos a ravagé 42 000 hectares de forêt entre le Bassin d'Arcachon et les portes de Bordeaux, détruit 183 maisons au Porge et provoqué l'évacuation préventive de 220 000 personnes dans 23 communes, selon les points de situation successifs de la préfecture de la Gironde.
La comparaison avec les feux de La Teste-de-Buch et de Landiras, en 2022, donne la mesure du basculement. Ces deux incendies avaient parcouru 30 000 hectares et entraîné 50 000 évacuations, un bilan déjà qualifié d'historique à l'époque. Trois ans plus tard, la surface brûlée a augmenté d'un tiers mais le nombre de personnes déplacées a été multiplié par plus de quatre. C'est dans ce contexte que le Département organise sa troisième Semaine de la résilience, un format né en 2023 à l'initiative de Bordeaux Métropole avant que la collectivité départementale ne le reprenne à son compte en 2024, année où elle avait profité de l'événement pour présenter en avant-première son Plan départemental de sauvegarde, outil censé mieux coordonner communes et secours en cas de crise.
Pourquoi le menu de la semaine parle plus de légumes que de flammes
Contrairement à ce que laisserait supposer l'actualité de l'été, le fil rouge choisi pour 2026 n'est pas le feu mais l'alimentation. Marché de producteurs à l'Immeuble Gironde, table ronde « alimentation et santé », visite d'une exploitation dans le Blayais, jeu sérieux « Miam'tropole » consacré à l'agroalimentaire local, ou encore rencontre avec l'association Les Rateleurs, qui anime à Sainte-Foy-la-Grande un tiers-lieu nourricier depuis 2023 : la nourriture est présentée par le Département comme un point d'entrée pour parler résilience, au même titre que les inondations ou le recul du trait de côte. La logique tient en une phrase de la collectivité elle-même, qui décrit la Gironde comme un territoire pouvant servir de laboratoire des risques. L'édition 2025, avec une trentaine d'ateliers, conférences et spectacles entre le 13 et le 19 octobre, avait déjà exploré cette diversité de menaces, sans qu'aucun mégafeu ne soit encore venu la valider grandeur nature.
Cette année, le programme conserve son format éclaté sur toute la semaine et sur plusieurs communes, de la conférence sur l'adaptation au changement climatique à la médiathèque de Mérignac au spectacle immersif « RDV Demain » au Domaine de Certes et Graveyron, en passant par des interventions dans les collèges de Blaye et de Pauillac. Le baromètre de 2024, première édition de l'enquête menée avec l'institut Harris Interactive auprès de plus de 600 Girondins, avait déjà classé les risques naturels en deuxième position des préoccupations, à 45 %, juste derrière le pouvoir d'achat, cité par 52 % des répondants. Reconduite tous les deux ans, l'étude doit désormais dire si l'été des flammes a fait grimper ce chiffre, et si les habitants se sentent mieux préparés qu'avant.
Ce que les ateliers ne financent pas
Car sur le terrain, la reconstruction avance à un rythme que les jeux sérieux et les tables rondes ne suffisent pas à accélérer. Les besoins pour reconstituer les forêts brûlées en France en 2026, où 116 000 hectares sont partis en fumée entre la Gironde, les Landes et le Var, sont évalués entre 580 millions et 1,16 milliard d'euros. Face à cette facture, les engagements annoncés jusqu'ici, 25 millions d'euros du groupe Engie et 20 millions de l'État fléchés vers l'Office national des forêts, ne couvrent que 4 à 8 % du montant total. Côté assurances, France Assureurs table sur environ 500 millions d'euros d'indemnisations pour près de 25 000 sinistrés des trois départements touchés, un chiffre présenté comme inédit par la profession.
Sur place, la colère n'est pas retombée avec les flammes. Lors d'un déplacement au Porge cet été, le Premier ministre a été accueilli par des huées, et plusieurs sinistrés ont publiquement dénoncé la lenteur des procédures d'indemnisation face aux assureurs, entre expertises contestées et incertitudes sur les normes de reconstruction applicables. Aucune association de sinistrés ne s'est en revanche exprimée à ce stade sur la Semaine de la résilience elle-même, dont le calendrier avait été fixé avant l'été. La présentation du nouveau baromètre, le 11 octobre à Guillos, ouvrira la semaine à huis clos, réservée aux partenaires et à la presse, avant que le programme grand public ne démarre le lendemain.
Sources
Conseil Départemental de la Gironde
Semaine de la résilience, du 12 au 18 octobre
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