Espace : la pépite du Haillan boucle une levée record de 450 millions de dollars
Après deux vols d'essai partiellement ratés, la start-up spatiale du Haillan mise sur 450 millions de dollars pour tenir son calendrier vers l'ISS en 2028.
Photo by Brian McGowan on Unsplash
Sur la zone aéronautique du Haillan, à quelques centaines de mètres des chaînes d'assemblage d'ArianeGroup, une ancienne usine de dispositifs médicaux rachetée il y a moins d'un an fabrique désormais des tuiles de protection thermique destinées à revenir de l'espace. C'est là, dans ces 5 000 m² de production complétés par 2 500 m² de bureaux, que grandit une partie de The Exploration Company, entreprise franco-allemande qui a annoncé le 8 septembre la plus importante levée de fonds jamais réalisée en série C par un acteur spatial européen : 450 millions de dollars.
Le tour de table est mené par le fonds américain Bessemer Venture Partners, le paneuropéen Atomico et le Scaleup Europe Fund, avec la participation des actionnaires historiques Balderton, Plural, Cherry et Red River West. Il porte à environ 680 millions de dollars le total levé par l'entreprise depuis sa création en 2021, contre 216 millions d'euros à peine deux ans plus tôt, lors de sa série B bouclée en novembre 2024. En moins de deux ans, la société a donc plus que triplé ses fonds propres, une trajectoire rare pour une industrie où mettre au point un véhicule spatial se compte en centaines de millions de dollars et en années d'essais avant tout premier vol commercial.
L'annonce tombe à la veille du Sommet international de l'espace organisé à Paris les 9 et 10 septembre, où la fondatrice et directrice générale Hélène Huby a été désignée envoyée spéciale aux côtés de l'astronaute Thomas Pesquet. Emmanuel Macron a salué les « ambitions transformatrices » de l'entreprise, tandis qu'Ursula von der Leyen y voit un « message important sur le leadership des femmes dans les hautes technologies » : The Exploration Company revendique la plus grosse levée jamais réalisée par une entreprise européenne fondée et dirigée par une femme.
Deux vols d'essai, un seul à moitié réussi
Derrière les éloges politiques, le dossier technique reste marqué par deux tentatives incomplètes. En juillet 2024, la petite capsule démonstratrice de la mission Bikini, embarquée sur le vol inaugural d'Ariane 6, n'a pas pu effectuer sa rentrée atmosphérique à cause d'un problème sur l'étage supérieur de la fusée et est restée en orbite. Un an plus tard, en juin 2025, la mission Possible a franchi l'étape suivante, celle de la rentrée dans l'atmosphère, avant de perdre le contact radio juste avant l'amerrissage prévu, empêchant la récupération de la capsule. The Exploration Company a elle-même qualifié ce second essai de « succès partiel », selon le site spécialisé SpaceNews, et devra faire voler un troisième démonstrateur avant d'entrer en phase opérationnelle. Aucune opposition locale ne s'est exprimée sur ce dossier industriel, mais le scepticisme, lui, s'est exprimé sur le terrain le plus concret qui soit : celui des résultats en vol. Il n'a pourtant pas dissuadé les investisseurs, qui ont plus que doublé leur mise l'année suivant cet échec partiel.
Ce pari technique s'appuie aussi sur des commandes déjà signées. En mai 2024, l'Agence spatiale européenne avait attribué à The Exploration Company, aux côtés de Thales Alenia Space, un contrat d'environ 25 millions d'euros pour la conception initiale d'un service commercial de transport de fret vers la Station spatiale internationale, avant sa fermeture prévue vers 2030, avec un objectif de mise en service en 2028. L'entreprise revendique aujourd'hui plus de 2 milliards de dollars de contrats et d'engagements cumulés, entre programmes publics européens et clients privés, dont l'opérateur de stations commerciales Starlab. Elle est aussi la première start-up spatiale européenne à avoir signé un accord de coopération technique avec la NASA.
Ce que Le Haillan doit encaisser d'ici 2028
Côté effectifs, la progression est tout aussi rapide : l'entreprise comptait environ 400 salariés fin 2025, elle en revendique aujourd'hui plus de 550 répartis entre l'Europe, les États-Unis et les Émirats arabes unis. Le site girondin, racheté fin octobre 2025 pour environ 10 millions d'euros à l'équipementier médical Steris, doit à lui seul passer de 150 salariés à l'automne 2025 à 350, voire 400, d'ici 2028, selon les projections communiquées à la presse économique locale. L'entreprise a annoncé un investissement de 150 à 200 millions d'euros sur trois à quatre ans pour ce site, où la production de tuiles thermiques a démarré en mars 2026 et où doivent aussi s'installer un centre de mission et une ligne d'assemblage de moteurs. La première mission cargo opérationnelle vers l'ISS reste fixée à l'été 2028.
Sources
French Tech Bordeaux
The Exploration Company boucle une levée record de 450 M$
À lire aussi
Économie
Face au marché qui bascule, le vignoble bordelais mise sur le drone et l'export
Près de 7 840 hectares de vignes sont candidats à l'arrachage primé en Gironde en 2026, alors que la filière cherche de nouveaux débouchés.
Économie
Incendies en Gironde : six semaines après, la facture économique et les assurances au cœur des tensions
Après un mégafeu record en Gironde, 40 000 entreprises et les sinistrés du Porge attendent encore aides publiques et indemnisations d'assurance.
Économie
En Gironde, dix-sept agriculteurs testent le chanvre face à la sécheresse
Dix-sept agriculteurs girondins ont semé 34 hectares de chanvre cette année pour tester sa résistance à la sécheresse, sans usine de transformation locale.